— Oui, tu as raison ; du reste j’y veillerai.

— C’est cela. Te voilà presque remise de ton rhume, et s’il fait aussi beau demain qu’aujourd’hui, je t’engage à sortir.

Un télégramme vint abréger d’office le déjeuner du docteur.

Quand plus tard la nourrice apporta le petit Maxime à sa mère afin d’aller déjeuner à son tour, elle avait le visage maussade et boudeur qui chez elle faisait invariablement suite à la moindre observation. Tout en disposant l’assiette où se trouvait la soupe de l’enfant, elle secouait la tête comme se répondant à elle-même :

— V’là sa soupe… C’est tout de même malheureux de voir qu’on n’a pas plus de confiance que ça en vous ! Comme si je laisserais quelqu’un de pas bien amuser le petit ! Il est poli, ce monsieur. « Quel âge qu’il a, ce beau petit ? » qu’il m’a dit. Et je n’ai pas cru que monsieur et madame allaient me faire des arias parce que je lui ai répondu.

— C’est bon, nourrice. Qu’il n’en soit plus question ; allez déjeuner.

La main de Marguerite tremblait en prenant la cuiller pour donner à manger à son fils, et elle ne voulait pas que l’œil fureteur de la nourrice s’en aperçût… Elle était sûre maintenant.

En baisant les doux cheveux de l’enfant, qui après chaque cuillerée ingurgitée, la remerciait d’une caresse de sa petite main sur la joue, des larmes amères lui montaient aux yeux, dans un transport de pitié et de désir qui l’emportait vers celui qui n’était plus son mari.

VII

Dès lors, ce fut fini du calme trompeur ; quoi qu’elle fît pour se défendre, l’obsession d’Albert ne la quittait plus. Presque chaque jour, elle emmenait la nourrice et l’enfant jusqu’à l’avenue du Bois ; le matin ils allaient encore parfois seuls au Parc Monceau, et, à une interrogation de Marguerite, la nourrice avait répondu, sèche et rancunière :