Il abaissa sa lorgnette. Une jeune femme, extrêmement parée, s’était avancée jusqu’à la stalle vide, à côté de la sienne, et lui tendait la main en souriant ; elle était suivie d’une toute jeune fille aussi élégante qu’elle-même.

— Comment ! madame Varèze ? dit d’Estanger avec un affectueux empressement, en prenant la main qui se tendait cordiale.

— Oui, et vous n’aviez pas l’air de me reconnaître du tout, et vous ne reconnaissez pas non plus Odette. Eh bien, c’est elle, devenue une grande personne.

Et la mère, avec un mouvement de fierté, se penchait en arrière pour mieux laisser voir sa fille. Un beau sourire, des dents blanches qui étincelèrent, et la jeune main à son tour s’offrit.

— Non, par exemple ; je ne reconnais pas du tout, mais du tout, mademoiselle Odette.

Madame Varèze riait et se casait dans la stalle qu’elle avait usurpée, tournant vers son interlocuteur un visage légèrement fatigué, mais gracieux, spirituel, charmant.

— Elle a grandi, n’est-ce pas ? Et moi, j’ai vieilli. Et vous ? D’où sortez-vous ? D’où venez-vous ? Voilà un siècle que vous êtes disparu. Avouez que je suis bonne de me souvenir de vous.

— Vous avez toujours été une personne délicieuse, madame.

— Et vous, toujours un flatteur. Sincèrement, cela me fait grand plaisir de vous revoir. Vous me rappelez de bons moments de ma vie ; je n’ai pas oublié la rue Rembrandt et notre séjour à Paramé.

Puis, comme inquiète de l’effet de ses paroles :