— Tu crois que madame d’Estanger a eu tort de se remarier ?

— J’en suis sûre, ma petite ; nous l’avons dit vingt fois avec ton papa.

XVI

D’Estanger n’attendit pas longtemps pour profiter de la permission de madame Varèze, et le surlendemain de leur rencontre au théâtre, vers une heure, il se présentait chez elle. On l’introduisit tout de suite.

Madame Varèze habitait depuis son mariage le même appartement, et la vue du grand salon tendu de tapisseries anciennes, avec son meuble au petit point et ses quelques très beaux objets d’art, rappela à l’homme solitaire bien des soirées heureuses. Le cadre était demeuré identique : il retrouva tous les accessoires raffinés, les coussins délicieux, les abat-jour d’une fraîcheur charmante, les guipures rares aux fenêtres. Dans l’atmosphère flottait le parfum persistant qui émanait de tout ce qui appartenait à madame Varèze.

L’aspect de cette pièce ramena vivement le souvenir du salon de la rue Rembrandt, avec lequel elle avait toujours eu un air de parenté, provenant d’une communauté de goûts. C’était pour lui depuis cinq ans le premier rappel extérieur à la vie d’autrefois, et il y fut extraordinairement sensible.

Madame Varèze parut sur le seuil d’une porte latérale, et sans avancer, appelant son visiteur d’un geste gracieux :

— Venez, cher ami.

Et l’introduisant dans la pièce qu’il reconnut pour avoir été le cabinet de travail de Varèze, elle dit :

— C’est maintenant ici le petit salon d’Odette : c’est le coin où nous vivons. Asseyez-vous ; votre visite me fait bien plaisir.