— Ne me parlez pas de votre philosophie, dit M. Despasse. Soyez pris d’une rage de dents en lisant Épictète, ça m’est arrivé, vous verrez à quoi sa prose vous aura servi. La philosophie, c’est un parapluie qui n’aurait pas de baleines ; il n’est utile qu’à tenir fermé ; il a très bon air quand vous l’avez à la main ; essayez donc de l’ouvrir !
— Conclusion ? demanda Thoury.
— Faites vos foins quand il y a du soleil.
Madame Varèze profita du silence momentané pour interpeller M. Lescale, et l’entretien dériva sur l’art. La discussion devenant générale, madame Varèze put dire sur un ton plus intime quelques bonnes paroles à d’Estanger. Elle avait peur que la conversation ne lui eût déplu, n’eût ravivé le souvenir de ses chagrins. Elle le lui donna doucement à entendre.
— Non, non, soyez tranquille ; votre bonté me fait beaucoup de bien.
Ils échangèrent presque un regard de connivence qui n’échappa pas au docteur Thoury qui les observait derrière son monocle ; il l’enleva et le frotta un moment d’un geste méticuleux, comme il était coutumier de faire lorsque quelque chose l’intriguait.
Une fois au salon, le café bu, sa cigarette à la main, le docteur Thoury s’approcha de madame Varèze, et la conduisant, un peu à l’écart des autres, vers la porte ouverte de sa chambre où était dressée une table de jeu :
— Comme vous êtes volage, madame !
— Moi, pourquoi ?
— Vous n’avez d’attentions que pour le nouveau venu.