— J’estime en effet, dit madame Bloye, qu’une certaine simplicité dans les choses de la vie nous est nécessaire ; il ne nous est pas permis de trop prévoir.
— Et moi je considère que la raison ne nous est pas donnée pour autre chose, dit le docteur Thoury.
— Oui, peut-être. Seulement il est si difficile de définir ce qui est la raison ! Pour moi, je l’ignore ; je comprends l’instinct qui nous fait éviter ce qui peut nous nuire, mais la raison ! Elle diffère avec les époques.
— En apparence, mais elle demeure identique ; c’est une démonstration qui mène à un résultat. Ainsi je sais fort bien qu’il me serait nuisible de me griser, et ma raison m’empêche de me griser.
— Qu’est-ce que vous faites des passions ?
— Je leur fais faire de l’hygiène.
— Dans quelques générations elles en ressentiront sans doute l’effet, mais le bénéfice est lointain.
— Au fond, madame Bloye est terriblement immorale, dit le docteur Thoury.
— C’est que j’ai lu non pas Baruch, mais Montaigne.
— Et les livres de votre mari ? Tout compte fait, ils sont subversifs les livres de ce philosophe.