Et sans bien peser le sens de ses paroles, instinctivement, madame Varèze ajouta :
— Pourquoi êtes-vous si rare ?
— Vous me le faites regretter, dit gentiment Marguerite. Croyez cependant, Louise, que je n’ai que de bons souvenirs de notre intimité d’autrefois.
Madame Varèze fit un geste affectueux, incapable de trouver la parole qu’il fallait.
— On fait toujours beaucoup de musique chez vous ? demanda Marguerite pour rentrer dans les généralités.
— Énormément, nous l’adorons, vous savez, et Odette a un vrai talent de pianiste ; elle ne chante pas, malheureusement.
— Quelle voix admirable que celle de la personne qui chantait quand je suis arrivée !
— Mademoiselle Fernine… oh, oui ! C’est une Russe charmante, et c’est sa sœur qui est auprès d’elle. Voulez-vous faire leur connaissance ?
— Mais certainement, dit Marguerite tenant à être gracieuse.
Mascha Fernine revenait s’asseoir, très contente de toutes les avances que madame Berly lui avait prodiguées, et ravie d’avoir gagné pour elle et Fœdora leurs entrées dans une maison où l’on voyait tant de monde. Elle accueillit, comme c’était sa coutume, les compliments de madame Lesquen avec une humilité reconnaissante, et la conversation se fit générale. Madame Varèze avait nommé Camille Blée ; on parla d’Orphée, d’Alceste, de tous les dévouements historiques célèbres. On discutait qui aimait le mieux, d’Alceste ou d’Orphée.