La porte s’ouvrit et un nouveau visiteur parut. Il s’avançait lentement, donnant un coup d’œil investigateur préalable aux femmes assises. A son approche, le battement de cœur de madame Varèze s’accéléra ; d’une voix un peu saccadée, elle fit immédiatement la présentation à Marguerite :
— Le docteur Thoury, notre ami… madame Lesquen.
Le docteur s’inclina avec un sourire un peu perfide vers madame Varèze ; puis, s’asseyant à côté de Marguerite, courtois et déjà presque familier :
— Je connais beaucoup votre mari, madame, dit-il très gracieux, et je l’estime infiniment.
— Vous me faites grand plaisir, monsieur.
— Et comment va-t-il ? Dans notre métier, on n’a pas le temps d’exister. Je plains ceux d’entre nous qui ont une jolie femme, c’est trop cruel ; et voilà pourquoi je suis célibataire !
— Le docteur Lesquen se trouve très heureux d’être marié, dit madame Varèze en se levant pour accompagner mesdemoiselles Fernine qui partaient.
Leurs adieux duraient toujours longtemps : arrêtées près de la porte, elles continuaient à causer.
Le docteur Thoury déployait toute son amabilité ; il racontait des anecdotes de la jeunesse laborieuse de Lesquen.
— Je suis convaincu qu’il arrivera à une très belle situation, car je ne connais pas de garçon plus attentif et plus consciencieux.