— Non, pas encore.
Elle montra le tableau.
— Est-ce assez joli ? J’adore ces petites danseuses, mais elles me donnent des idées tristes.
— Tristes, madame, et pourquoi ?
— Toutes les pauvres petites bêtes d’amour me donnent ces idées-là.
— C’est que vous ne ressemblez à personne, et, à ce propos, je vous fais mon compliment : être l’amie du mari et de la femme divorcés, il n’y a que vous au monde qui en soyez capable. D’Estanger sait-il que vous avez vu son ex-femme ?
— Je n’ai aucune raison d’en faire mystère à personne.
— Allons, tant mieux !
Le docteur Thoury ne s’apercevait pas que tout doucement il se rendait désagréable ; l’aigreur que lui causait sa jalousie de d’Estanger lui faisait perdre un peu le sentiment de ce que madame Varèze tolérerait. Il croyait du reste que, comme presque toutes les femmes, elle serait flattée de le voir jaloux : il ne comprenait pas que jamais elle ne l’avait envisagé sous le point de vue d’un amant ou d’un mari présomptif ; son insistance à parler de sujets qui l’agitaient irritait madame Varèze. Comme les personnes très douces, elle était sujette parfois à des colères subites ; intérieurement bouleversée comme elle l’était, le ton ironique du docteur Thoury l’énervait extraordinairement. Après un silence d’un moment, se retournant, le visage un peu pâle, les lèvres tremblantes, elle dit :
— Mon cher docteur, vous me feriez bien plaisir de ne plus vous occuper si particulièrement de mes actions ; il ne s’agit pas de symptômes à surveiller.