Il est tombé sur ses pattes pliées, la tête droite, ses deux cornes presque verticales. Je l’achève d’une balle sous l’oreille, car il remue encore.

Comme je montre à Paki, en la touchant du doigt, la trace d’entrée de cette dernière balle, pour lui demander un renseignement anatomique, l’animal trouve la force de tourner la tête vers moi. Nous sautons en arrière. Mais ce sera son dernier mouvement.

Nous sommes de retour à quatre heures. Les nouveaux porteurs, le garde, Somali, Ahmed, sont là. Avec eux sont venues la femme de Paki et sa sœur. J’emmène ces dernières à l’écart. Je les questionne sur l’attitude générale de Somali. Elles me confirment ce qu’on m’a dit tout à l’heure.

Paroles que tout cela. Somali n’osera jamais. Telle est ma conclusion finale. Néanmoins, je vais l’observer et me tenir sur mes gardes, car il devient évident qu’il a bien tenu les propos rapportés.

Une fausse manœuvre marque la journée du 10. Désireux de ménager un peu mes jambes, et le procédé m’ayant déjà réussi, j’ai envoyé, à l’aube, deux hommes chercher une piste. Ils sont revenus vers dix heures, ayant relevé des empreintes de buffles de la nuit.

Quand nous y sommes arrivés, après deux heures de route, nous avons reconnu, à l’ancienneté relative du passage des animaux, que nous ne pouvions guère espérer les rejoindre avant le coucher du soleil. Il n’y avait qu’à rentrer, ce que nous avons fait.

Il est toujours préférable de procéder soi-même à la recherche des pistes, mais le temps dont je disposais pour la chasse était limité par la saison des pluies, qui s’annoncait déjà, et si je ne m’étais fait aider un peu, chasser tous les jours ne m’aurait pas été possible. Ces longues marches quotidiennes, sous un soleil dont on ne connaît pas chez nous la puissance, et dans des circonstances qui s’accompagnent aisément d’une tension nerveuse appréciable, sont très fatigantes.

Le lendemain devait être plus intéressant. Nous étions partis à six heures pour reprendre, malgré tout, la piste des buffles. Celle-ci était tentante par le nombre des animaux dont elle révélait le passage. Un bahr, auquel ils se heurteraient bientôt, nous n’y avions pas songé hier, les déterminerait peut-être aussi à changer de direction, ce qui les ramènerait vers nous.

Prévoyant une poursuite assez longue, je m’étais fait porter en tippoy jusqu’aux premières empreintes. Nous les avons retrouvées à huit heures.

J’ai mis pied à terre et nous sommes entrés dans un vaste espace boisé d’où nous ne devions plus sortir de toute la journée : de grands arbres espacés les uns des autres, et, entre eux, un semis de grêles arbustes d’un vert frais, sans broussailles, laissant partout la vue libre jusqu’à cinquante mètres au moins, et permettant de se déplacer rapidement ; un site, en somme, monotone, sauvage et sans grâce, mais qui devait nous amener dans de bonnes conditions devant notre gibier.