Il n’est pas inutile de dire ici quelques mots de la région dans laquelle va s’effectuer, durant près de deux mois et demi, mon voyage.

La superficie du Cameroun est d’environ 400.000 kilomètres carrés. Il a 200 kilomètres de côtes, et le point extrême de son hinterland, le lac Tchad, qui constitue sa limite nord, est à 1.500 kilomètres à peu près de Douala, son port principal. Il est borné à l’Est par nos Colonies de l’Oubanghi-Chari et du Tchad, et à l’Ouest par la Nigéria, augmentée du Cameroun anglais. Au Sud, il est limitrophe de la Guinée Espagnole et du Gabon.

On y distingue trois régions : la forêt, qui couvre la côte, la partie sud et la partie sud-est, sur environ 150.000 kilomètres carrés ; un plateau central accidenté, d’une altitude moyenne de 1.100 mètres ; puis une plaine immense qui va jusqu’au lac Tchad ; la végétation de ces deux dernières régions est plus clairsemée à mesure qu’on avance.

La température est assez chaude et très humide sur la côte, où elle exerce une action déprimante sur la plupart des Européens. Elle est beaucoup plus saine sur le plateau central — plateau de Ngaoundéré ; dans les plaines voisines du Tchad, elle s’élève sensiblement, mais reste relativement sèche et n’est généralement pas insalubre.

C’est Nachtigall qui, en 1884, a pris possession du Cameroun pour l’Allemagne. Conquis par les troupes anglo-françaises pendant la guerre de 1914-1918, il a été partagé ensuite entre la France et l’Angleterre, et la France en administre actuellement, en vertu d’un mandat de la Société des Nations, la partie définie plus haut.

Sa population se compose de Bantous et de Négrilles pour la forêt, et, dans les autres régions, de Noirs soudanais, auxquels s’ajoutent, sensiblement moins nombreux, des Foulbés, des Haoussas et, tout à fait au Nord, des Choas. Les Foulbés, venus du Sokoto, où ils étaient descendus du Fouta-Djallon, sont, d’après les opinions les plus autorisées, de race blanche, mais leur teint, souvent foncé jusqu’au noir, trahit un métissage accentué.

Parmi les principaux produits du sol, il faut citer, outre des bois d’essences diverses, le caoutchouc, l’huile et les amandes de palme, la banane, le cacao, l’ananas, la patate, l’igname, le manioc, le maïs, le riz, le macabo, le gombo, le tabac, la kola, le café, le coton, l’indigo, la gomme arabique, le mil, le sorgho, l’arachide, le blé, etc..., auxquels s’ajoutent la plupart des légumes d’Europe lorsqu’on les cultive avec soin.

Son cheptel bovin — zébus principalement — dépasse un demi-million de têtes. Il possède aussi des moutons, chèvres, porcs, ânes, de bons chevaux, des poules, des canards, des pigeons, etc...

Le gibier y est varié et assez abondant. Les rivières sont généralement poissonneuses.

Les industries des indigènes sont rudimentaires ; ils filent et tissent le coton, extraient et travaillent le fer, fabriquent de grossières poteries, des nattes, des plateaux et des chapeaux de paille, sont teinturiers, etc... ; dans le Nord on trouve des sacs de cuir et des coussins où les couleurs sont mariées avec goût.