Il n’y a pas eu bataille. Les goumiers ont rattrapé leur petite troupe à Sarra. De là, ils ont emmené tout le monde, sauf eux, à Tekro. Ce sont les hommes de confiance des deux commerçants. On les a laissés là avec une partie des chameaux, un âne, un peu de dattes et de paille, les bagages. Je leur explique le malentendu qui s’est produit. Ils sont pleins d’urbanité, de déférence. Ils se disent heureux d’avoir pu me voir, se plaignent seulement du caporal, qui a été brutal. Ils me demandent quelques vivres. Les leurs sont près d’être épuisés. Je leur fais donner des dattes et du couscous en abondance, de la paille pour leurs animaux. Ils se confondent en remerciements.

J’ai dû croiser la nuit, sans m’en douter, les goumiers et la caravane. Enfin, il ne s’est rien passé de grave, et c’est pour moi un véritable soulagement de l’apprendre.

Puis, je vais au puits. Il est là, tout près du monticule, mais au ras du sol, sans margelle, fermé par une trappe de bois que recouvre une plaque de métal. Il faut être dessus pour le voir.

Auprès sont une corde, en très mauvais état et peu sûre, et un appareil muni de crochets pour repêcher les dellous qui viendraient à tomber. Au bord, on a planté, un peu inclinés en avant, deux pieux courts et robustes, dont l’extrémité porte une petite traverse. Celle-ci sert d’axe à une roulette métallique à gorge. Il y a par terre une roulette de rechange.

Sous un cadre de rondins, l’orifice est sensiblement circulaire, avec un diamètre d’un mètre à peu près.

Ce qu’on voit de la paroi est roche ; il n’y a qu’une petite couche de sable à la surface du sol. L’eau, excellente, était, le jour de mon passage, à 59 mètres de profondeur. J’ai mesuré avec un fusil 1886, dont la longueur est sensiblement 1 m. 30, la corde dont on se servait pour la puiser ; j’ai trouvé un peu plus de quarante-cinq fusils.

Les indigènes m’avaient dit, les uns, 36 brasses, les autres 33 brasses et demie, ce qui, en comptant la brasse à 1 m. 70, donne 61 m. 20 et 56 m. 95.

Le forage est dû aux Senoussia ; sur une indication de Mohammed el Madhi, leur chef vénéré, qui en marqua la place et leur dit que leur labeur serait couronné de succès, ils ont creusé par des moyens rudimentaires, creusé sans relâche, et trouvé l’eau. Le miracle est fils de la foi.

Comme nous venions d’installer notre camp modeste, mes deux vieux guides, Toroe et Sidia sont venus à moi et sont restés debout, immobiles. J’ai compris qu’ils voulaient me parler, et j’ai appelé un de mes Fezzanais, Suleymann, qui comprend le dialecte gorâne.

Solennel, Toroe, le plus âgé, a pris la parole.