21 octobre. — La nuit n’a pas été moins tranquille que les précédentes.
Nous franchissons le matin, par un col facile et sablé, une étroite barrière rocheuse qui s’était montrée hier à l’horizon. Elle s’appelle Dour, me dit Toroë. Il me faut plus d’un quart d’heure pour lui faire préciser que c’est le nom du lieu et non celui de la halte qu’on y fait habituellement — dohr, en Arabe, correspond à deux heures de l’après-midi.
Suleyman commence à me parler avec confiance ; les indigènes se livrent lentement. Il me demande de scinder le détachement, au retour, en deux groupes, si, continuant mon chemin vers Alexandrie, je le renvoie à Faya sans moi ; lui et Doma, qui sont Fezzanais, Denis et Ahmed, qui acceptent de faire route avec eux, et un guide. Les Gorânes reviendraient de leur côté, avec l’autre guide. Il craint sans cela des querelles. Koti a déjà tué trois hommes au Tibesti. Cela corrobore les appréhensions que me manifestait Ahmed.
Une négligence dans l’ajustage d’une bassoure blesse fortement un des chameaux.
Seuls Guetté et Degoré ont sellé ce matin les animaux de charge. Doma me les amène. Je constate avec satisfaction leur inquiétude. J’ai maintenant sur mes hommes l’emprise nécessaire. Après les avoir abandonnés quelque temps à leurs appréhensions, je leur dis que tout le monde s’est bien conduit durant la fin de la route ; que je ne veux pas, le dernier jour, punir sévèrement ; qu’on se bornera à ne pas seller le chameau tant qu’il ne sera pas guéri, et que sa charge sera mise sur l’un des leurs ; eux-mêmes feront chacun la moitié de l’étape à pied, puisqu’ils n’auront plus, de la sorte, qu’une monture pour deux. C’est, de la part de tout le monde, un visible soulagement, et ils se confondent en marques de gratitude.
Nous arriverons demain à Telab, et je ne sais ce que cette journée réserve à ces pauvres diables.
Je fais abattre dans la soirée, d’une balle dans la tête, un autre chameau qui, malade, ne peut plus suivre.
22 octobre. — Voici le grand jour de mon voyage.
Nous nous mettons en route vers cinq heures et demie. C’est toujours, à perte de vue, le même sable nu, tantôt plan, tantôt légèrement bossué avec, parfois, des débris de roches. Le profil d’un sommet très éloigné, sensiblement plus élevé que tous ceux que j’ai vus jusqu’ici, et que déjà hier j’apercevais dans l’Est, se précise en un double relief. C’est, me dit-on, le Djebel Zourouf. A l’Ouest, une sorte de haute falaise, très loin aussi, s’accuse ; au Nord-Est, une barrière rocheuse se montre, formée par une série de petites garas. Rien n’indique que nous soyons près d’un lieu moins désertique. Pourtant, d’après les guides, nous atteindrons, avant midi, Koufra.
En effet, soudain, vers dix heures, nous découvrons devant nous, lointaines encore, deux longues taches noires qui barrent la route — deux palmeraies. Celle de l’Ouest, la plus proche, est notre objectif.