Le soleil n’est pas couché qu’on arrête. Nous avons marché à peu près une heure. C’est pour que le deuxième groupe, celui qui doit faire route en même temps que nous, nous rejoigne. Les hommes qui le forment avaient demandé au commandor la permission de coucher à Haouari. Il la leur a refusée. Alors ils ont fait semblant de partir, et quand il a eu le dos tourné, ils sont revenus.
Ce sentiment de la discipline me promet un voyage agréable.
Doma se met à faire mon dîner. Le soldat d’Haouari n’est plus là pour l’aider. Si peu difficile que je sois, j’ai peine à l’achever. Pendant ce temps, je dispose sur le sol ma natte et mes couvertures. Il ne faut plus songer désormais à monter ma tente.
31 octobre. — Le soleil est déjà haut quand nous partons. On a dû courir de tous les côtés après les chameaux qui, mal dressés, s’enfuient aussitôt chargés.
Après dix minutes, il faut que je m’arrête : le convoi est loin derrière nous.
Cette allure de tortue m’exaspère. Nous allons être obligés de marcher quinze heures par jour pour couvrir les 50 kilomètres nécessaires. Tout cela parce que, non contents de m’avoir loué des animaux en mauvais état, Ratab et son frère, par âpreté au gain, ont emporté trop de marchandises. Je le leur dis, ce qui ne paraît leur faire aucun plaisir.
Nous faisons halte vers dix heures. Ils dressent leur tente, car le soleil est chaud, et, par déférence, me l’abandonnent. Je m’installe dans un coin et je les rappelle pour qu’ils s’abritent aussi. Ils viennent ; ils ont avec eux leur jeune frère, et un enfant à la tête couverte de croûtes, le fils de Ratab.
Ces tentes coniques sont d’un montage rapide et pratique : on place le piquet du milieu, et on attache à des bagages les cordes de la périphérie ; puis, avec deux bâtons, on relève le bas de la toile en deux points diamétralement opposés, dans le sens du vent, de manière à faire un courant d’air.
La petite caravane qui marche avec nous s’installe à quelque distance ; la lenteur qu’elle apporte à la préparation de son repas retarde le départ jusqu’à midi et demi.
Nous sommes quatorze en comptant les deux groupes : moi, Doma, Rhed, Ratab, son fils, ses deux frères, un touareg du Damerghou et six medjabras.