17 novembre. — A midi, je pars pour Djalo, qui se trouve à une trentaine de kilomètres.
J’ai avec moi Doma, monté sur un chameau, et un soldat, à pied. J’ai gardé, malgré tout, mon costume européen, mais j’ai pris un djered dont je m’envelopperai en route.
Le chemin est banal : une immense étendue de sable, toujours ; au loin, quelques taches vertes qui sont des palmeraies : Chiefa au sud, Chrerra au nord ; enfin, devant nous, une longue ligne d’arbres qui bientôt devient une immense tache verte ; à la lisière s’accusent quelques garas.
Nous pénétrons dans la végétation : palmiers aux troncs raccourcis par l’envahissement dunaire ; pâturage étendu de belbel.
Nous dépassons vite le lieu dit Nebous, que marquent seules, sur une place nue, au milieu des arbres, deux grandes cases rectangulaires, placées bout à bout, à angle droit ; nous contournons Lebba qui, à cette heure, projette seulement, sur le coucher de soleil rouge sombre, un monticule couronné de quelques longs rectangles bas. La lune nous éclaire quand, peu de temps après, nous arrivons à Djalo[22] : un vide dans la palmeraie ; un petit cercle de cinq hommes, assis sur le sol, qui s’entretiennent sans bruit dans l’ombre ; puis des constructions de terre grise, misérables, écroulées en partie.
Nous nous engageons entre celles-ci, pour nous arrêter devant l’une d’elles, pauvre et triste comme les précédentes, fermée par une porte de bois en forme d’arceau ; un chameau est couché tout auprès, dans la ruelle déserte. C’est là que je dois loger. J’éprouve de l’étonnement. Je croyais Djalo beaucoup plus important.
Un homme sort, que notre arrivée paraît surprendre. Le chef est absent. Il ne sait où il est. Peut-être le trouverons-nous, en cherchant un peu, dans le village.
Nous repartons, à pied cette fois, nos deux chameaux en main. Notre marche silencieuse, en file par un, dans ces ruelles vides, étroites, que, par endroits, bordent des ruines, me rappelle certains soirs de relève de la guerre.
A travers les fentes des portes closes, un peu de lumière, parfois, révèle un feu. Nous atteignons une petite place. Le soldat qui m’accompagne entre dans une case plus importante, surmontée d’une espèce de mât. Il y a là d’autres soldats, mais ils ignorent aussi où est le chef, et semblent s’en désintéresser. Nous nous arrêtons, un peu déconcertés par cet accueil, alors que ma visite est sûrement annoncée. Dans le moment, deux hommes, à pas lents, débouchent sur la place. Le soldat se dirige vers eux : ils reviennent ensemble ; l’un de ces hommes est le chef, enfin.
Il se montre surpris. Nul ne l’a prévenu. Il envoie son compagnon s’informer, je ne sais où. Celui-ci reparaît bientôt : un messager de Sidi Rida, effectivement, est arrivé dans la journée. Il a averti un des principaux du village de ma venue prochaine ; mais celui-ci a négligé d’en transmettre la nouvelle.