C’est assez bizarre. En tout cas, nous voici loin, avec cette promenade nocturne, des précautions que le wakil m’avait recommandées.
Nous retournons à la case du début. On me fait attendre un peu dehors, puis nous entrons : une petite cour pleine de détritus, un passage voûté, une autre cour étroite et longue aussi malpropre que la première ; enfin, une assez grande pièce au sol de sable, avec deux tapis, et un plafond de troncs de palmiers que soutiennent deux colonnes, palmiers aussi.
Il y a deux fenêtres, fermées par des volets de bois ; et, plus haut, une minuscule ouverture. Au milieu, par terre, une lanterne, où brûle une bougie, jette, trop bas, une faible clarté. Je m’assieds sur un des tapis, le chef près de moi. Nous causons, avec de longs silences. Mon impression est froide. Le lieu me paraît peu accueillant, sans pittoresque aussi ; je me demande ce que je suis venu faire.
Maintenant, les uns après les autres, arrivent des vieillards, L’un d’eux, aimable, me parle avec animation, gaiement. Il est assez instruit, connaît l’Égypte. La glace fond. On apporte le dîner, simple, mais préparé avec soin : le plateau habituel — de paille tressée, ici — du pain sans levain, du mouton grillé sur une assiette, du mouton avec de la sauce dans une cuvette d’émail ; le grand bol d’eau, où chacun boit à son tour ; l’aiguière et le bassin d’usage, qu’on fait passer, sans savon avant le repas, avec du savon après ; enfin le thé ; tout cela au milieu d’une conversation qui, peu à peu, est devenue générale.
Quand, vers dix heures, mes hôtes se retirent pour me laisser reposer, la pauvre case, avec sa lanterne avare, me paraît différente. Ils ont été, tous, simples, sans démonstrations bruyantes, mais cordiaux, amicaux, discrètement contents de me voir ; je me sens à l’aise, et j’éprouve, une fois de plus, que les sentiments qui président à l’accueil peuvent effacer les disgrâces d’un logis.
18 novembre. — Je m’éveille au jour, dispos et gai. Le frère du cheik des Fezzanais d’Abéché, que je savais être ici, et que j’ai fait demander, vient me rendre visite ; je procède à quelques achats : 2 kilogrammes de sucre, 8 francs ; une paire de markoubs, qui viennent d’Abéché, 10 francs ; un djered, 62 fr. 50 ; cinq paquets de cigarettes, 5 francs ; quelques livres sterling en or, 60 francs la livre, le tout payé en argent métal.
Je m’enquiers de la question des douanes. Les tarifs sont les mêmes, me dit-on, à Djalo et à Tadj ; mais ceux qui ont payé à l’un de ces points ne paient pas à l’autre. Un fonctionnaire, qui se tient près du chef, et qui est chargé précisément de la perception, me donne les chiffres suivants :
25 francs pour 500 francs de marchandises, en général ; 5 % ad valorem pour l’ivoire, le kountar — d’environ 50 kil. ici — étant évalué 600 francs.
Le tout se règle en medjidiehs turcs ou en écus de cinq francs, l’un valant l’autre ; toutefois, l’écu, au nord de Koufra, devient une monnaie d’exception.
Il fait grand jour, et je sors pour prendre quelques photographies. Le soldat montre de l’inquiétude, mais il ne dit rien. Il porte mon appareil et me suit pas à pas. Je m’arrête d’ailleurs bientôt, devant une ruelle où se trouvent un vieillard et une petite fille. Tout de suite, des gens arrivent, un, deux, dix ; ils ont l’air de sortir de terre. Ils ne manifestent d’ailleurs aucune hostilité, et tous se placent devant mon objectif, sauf un, qui s’y refuse.