Je photographie deux d’entre elles qu’on me dit se nommer gara Fatima. Mais la gara Fatima, d’après Rohlfs, est bien plus à l’ouest ; et je sens chez mes compagnons de route une si vive répugnance à me renseigner, sans doute parce que nous approchons de Djerboub, lieu saint, que je n’enregistre cette indication qu’avec réserves[23].
Je fais don d’une boussole à Mohammed, le petit medjabra. Il se montre, depuis le départ, plein de bonne volonté, aide chaque jour Doma et Bakrit à monter ma tente, active de lui-même les chameaux quand il me voit impatienté. Mon cadeau paraît lui causer une vive satisfaction. Les autres le regardent avec envie.
Vers 4 heures, le touareg signale, venant en sens inverse, une caravane d’une vingtaine de chameaux.
Je m’enveloppe dans mon djered et je reste sur ma monture pendant que les hommes s’arrêtent et causent. Doma m’apprend ensuite que mon arrivée a été annoncée à Djerboub par la caravane qui nous précède ; que la nouvelle en a été accueillie sans hostilité ; enfin que le puits de Tarfaoui, notre objectif actuel, n’est plus très loin.
Bou Zeriba s’approche à son tour. Il me montre quelque chose au caveçon de mon chameau. J’ai cessé depuis ce matin de lui adresser la parole. Je lui réponds : « Parle à Doma ».
Il répète ma phrase, d’un air vexé : « Parle à Doma, parle à Doma ! »
Je n’ai pas de lui la bonne impression qu’en a ce dernier. Il a encore reparlé aujourd’hui du jour où je l’ai poussé. Il est borné et haineux. En revanche, les autres paraissent être de braves gens, et cela le retient.
Je commence à ressentir un peu de fatigue nerveuse. De là, peut-être, ma sensibilité, certainement excessive, à ces petits incidents. Ils ont néanmoins, en dehors de l’irritation qu’ils me causent, une répercussion effective sur mon bien-être : quand nous partons tard, nous ne pouvons guère arrêter qu’un quart d’heure vers midi, car il faut rattraper le temps perdu ; je marche ainsi tout le jour sous le soleil, presque sans repos, et comme je l’ai dit hier, sans repas.
Ce soir, les chameaux sont restés près de nous.
1er décembre. — Doma est venu, hier soir, vers neuf heures, me dire que les hommes demandaient à nouveau, pour ce matin, la permission de déjeuner avant de partir ; mais qu’ils feraient en sorte d’être prêts au lever du soleil. Dans ces conditions, je n’y vois pas d’inconvénient.