Une longue avenue en pente douce conduit ensuite au sommet du mamelon sur lequel le poste est construit. Les petits bâtiments de celui-ci se dispersent sur une vaste plate-forme de terre nue, un peu en pente, où des roches arrondies affleurent par endroits. De là, on découvre Ngaoundéré, le plateau, et les reliefs arides, proches ou lointains, isolés ou continus, qui achèvent, par la variété de leurs formes, d’assurer à l’ensemble du tableau un pittoresque assez rude, mais lumineux et plaisant.

Je comptais ne m’arrêter que trois jours. Le premier s’est trouvé pris par des détails d’installation et de révision de matériel. Un mouvement de fièvre, accompagné d’un violent mal de gorge, avec une forte inflammation des ganglions du cou, m’a incommodé le lendemain. Le jour suivant, je suis allé à cheval, avec M. Lozet, qu’accompagnait M. Philippe, chef de la subdivision, et un colon fort distingué, M. Bonhomme, de qui je parlerai tout à l’heure, visiter, à une quinzaine de kilomètres de là, la mare de Tizon et le lahoré de la M’Vina.

La mare de Tizon remplit, presque au sommet d’une colline, un ancien cratère. Ce genre d’excavation est assez fréquent dans la région, où des roches volcaniques témoignent en maint endroit d’éruptions anciennes. Nous montons jusqu’à ses bords, d’où nous tirons, à balle, et vainement, des canards. Nous redescendons par un autre versant, mais des mouvements de terrain, où des arbres grêles et rares dominent un sol à l’herbe épaisse, limitent notre vue. Soudain, la pente se fait continue et rapide. Invisible jusque-là, un plateau s’étend devant nous. A l’horizon, des hauteurs l’encadrent ; un cours d’eau, qui passe à nos pieds, en marque le début. Des taches sombres, où l’œil perçoit une animation, un grouillement, ponctuent son sol baigné de lumière. Nous approchons. Ces taches sont de grands troupeaux de bœufs. Près de nous maintenant, de l’autre côté du cours d’eau que dans un instant nous franchirons — sa largeur n’atteint pas 100 mètres, et l’eau ne dépassera pas le poitrail de nos chevaux — l’un de ces troupeaux se presse autour d’un trou d’une vingtaine de mètres de diamètre, aux bords terreux, à pic, que remplit presque une eau boueuse. Les sources qui l’alimentent se trahissent en deux ou trois points par un léger bouillonnement. De son périmètre rayonnent, en guise de canaux, de nombreuses pirogues reposant sur un sol fangeux et piétiné ; on en a mis autant qu’il en peut tenir. Quatre femmes, dans l’eau jusqu’aux épaules, alimentent sans arrêt, à l’aide de grandes calebasses, les ruisseaux qui s’écoulent par ces pirogues. A l’autre extrémité, le canal devient abreuvoir et des hommes y font boire les bœufs.

Ces mares constituent le lahoré de la M’Vina. On trouve dans la région toute une série de lahorés analogues. Les principaux sont ceux de N’gao-Danzi, de Falcombré, Galim, M’ba, M’boula, Yakouba, etc...

Un campement au Cameroun : le village de Cholliré.

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La place de Rei Bouba, vue de l’entrée de la demeure du lamido, le jour de mon arrivée.

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