Je me suis mis en chemin un peu avant le lever du jour, pour me diriger sur Garoua. Une piste large, sablée, plane, facile, à gauche de laquelle se profilent au loin les hauteurs du plateau de l’Adamoua, que nous avons désormais quitté, nous conduit à Diouroum à travers une végétation clairsemée. Vers huit heures, un homme qui me précède me signale, dans un vaste étang, à 1 kilomètre de la route, des hippopotames. Ce n’est pas une chasse bien intéressante, mais elle me procurera de la viande pour les porteurs. Je me dirige vers l’endroit d’où on les voit, et j’aperçois sur l’eau brillante, à des distances qui varient entre 200 et 300 mètres, un certain nombre de taches foncées, à peu près rectangulaires ; c’est la partie supérieure de leurs têtes, leurs fronts, leurs oreilles, leurs chanfreins, leurs naseaux proéminents. De temps à autre, l’une de ces taches disparaît sous l’eau, ou bien c’en est une nouvelle, au contraire, qui surgit brusquement avec un grand souffle sonore. Tant que la répétition des coups de feu n’a pas alerté la bande, on a beaucoup plus de temps qu’il n’en faut pour ajuster. C’est du tir à la cible. Ensuite, les apparitions deviennent très courtes, en même temps qu’elles se font rares.
J’en touche un. La tête plonge, un pied se montre, puis le ventre ; tout s’enfonce encore, et c’est alors une série de convulsions qui font émerger à de brefs intervalles tantôt l’une, tantôt l’autre des parties de ce corps monstrueux. L’eau se teinte de rose, en même temps. Mais comme l’animal tarde à s’immobiliser et que ses mouvements m’ôtent le moyen de l’achever par une nouvelle balle dans la tête, j’en vise un autre qui, lui, semble succomber presque aussitôt. Il n’y a plus qu’à attendre le gonflement qui ne va pas tarder à se produire, et qui fera remonter le corps à la surface.
Je gagne un village voisin qui comporte un campement. La chaleur continue d’être franchement pénible. Où est la sécheresse, heureusement prochaine, des régions tchadiennes ! Il y a, avec cela, tant de moustiques, que malgré la température, je mets, pour déjeuner, des gants épais, en coton tricoté.
Les gens de l’endroit vont voir ce qu’il advient des hippopotames. Ils reviennent quelques heures plus tard, chargés d’énormes quartiers de viande ; le premier avait disparu ; le second flottait, ils l’ont ramené au rivage et dépecé.
Nous repartons pour coucher à Dobinga, un autre tout petit village où je retrouve deux amis encore, deux amis de mon dernier voyage, l’un et l’autre aperçus une ou deux fois déjà, mais par exception, au lieu que maintenant on les sent bien chez eux : les genêts du Cameroun, au tronc gris clair, aux feuilles vert pâle, aux longues gousses ; ils me rappellent la petite maison du conquérant Rabah, qui subsiste à Dikoa, environnée d’ombrage, et où j’ai couché deux ans plus tôt ; puis les palmiers doum, aux troncs nus assemblés par la base en bouquet très ouvert, aux têtes rondes, évocateurs de bien des régions, mais surtout, pour moi, du Kanem, du Kanem aux dunes arides que séparent de longues vallées vertes, du Kanem au lac immense et perfide.
Tam-tam chez les Moundangs, au village de Léré, près du lac de ce nom.
Les maoulis. ([Page 103.])
La place principale du village Moundang de Léré et l’entrée de la demeure du chef.