Les jardins des postes, lorsque la terre y est convenablement travaillée, produisent, de Fort-Archambault au Ouadaï, et du Kanem au Salamat, c’est-à-dire partout, presque tous les légumes d’Europe.

Comme animaux, un immense troupeau d’abord, qui a été évalué, pour les bovidés seuls — pour la plupart zébus — à près de 1.500.000 têtes ; de bons chevaux de trois types différents, beaucoup d’ânes, des moutons, mais presque pas de moutons à laine, des chèvres, des poules, des canards, etc., quelques porcs importés ; en outre, tout le gibier, gros et petit, des régions les plus favorisées de l’Afrique centrale. Par endroits, des abeilles.

Il faut ajouter, pour être juste, que la viande du bétail y est d’une très médiocre qualité, et que son amélioration est un problème dont les conditions climatériques rendent la solution très difficile.

Toutes ces richesses sont peu utilisées, faute de moyens d’exportation convenables[6]. Les autorités françaises, au prix d’efforts qu’on n’apprécie pas toujours comme ils devraient l’être, ont déjà doté le Tchad d’un réseau de routes important ; mais les desiderata du commerce sont plus complexes.

La construction du chemin de fer du Cameroun, celle du chemin de fer de Brazzaville à la côte, qui sont activement poussées l’une et l’autre, permettent à cet égard d’heureux espoirs. Je rappelle toutefois qu’aussi longtemps qu’une solution commercialement pratique n’aura pas été entièrement réalisée, l’exploitation du Tchad, malgré toute la bonne volonté de l’administration locale, restera à peu près impossible, et que c’est à l’Angleterre, maîtresse des meilleures voies, que profitera surtout la faible activité qu’y entretient la courageuse persévérance de nos rares colons.

Il faut citer pourtant, parmi les produits que le Tchad exporte dans les difficiles conditions actuelles, le bétail sur pied, les peaux, l’ivoire, les cornes de rhinocéros, quelques plumes, un peu de coton ; parmi ceux qu’il importe, des étoffes, des conserves, des verroteries, des ustensiles de cuisine, de la parfumerie, de la verrerie, des vins et spiritueux, du sucre, du tabac, des kolas, du thé, etc.

Je mentionnerai enfin, puisque je parle du commerce, le mouvement de colportage très actif alimenté, dans la colonie même, par l’activité incessante des petits marchands, principalement Bornouans ou Haoussas — comme au Cameroun — qui en sillonnent les routes dans toutes les directions.

On en rencontre couramment, conduisant de petites troupes de bœufs ou d’ânes. Ces animaux sont employés pour le transport des marchandises ou des bagages, sauf dans l’extrême-sud, où il faut recourir aux porteurs, parce que la tsé-tsé tue les animaux domestiques, et dans l’extrême-nord, où il faut prendre des chameaux. Quant aux voyageurs eux-mêmes, les Européens tout au moins, et d’ailleurs bon nombre d’indigènes, se servent de chevaux, excepté dans ces deux régions.

Je ne saurais terminer cet exposé rapide sans adresser le plus déférent des hommages aux explorateurs de la contrée que je viens de décrire sommairement : Oudney, Denham, Clapperton, Barth, Vogel, Monteil, furent les premiers d’entre eux.

Nombreux sont les Français qui visitèrent et étudièrent encore cette partie si intéressante de l’Afrique. Parmi ceux dont j’ai consulté les travaux avec fruit à l’occasion de mon voyage, je citerai les noms de Lenfant, Gentil, de Béhagle, Lancrenon, Faure, Moll, Auguste Chevallier, Largeau, Périquet, Bastet, Bruel[7], Carbou, Derendinger, Delingette, Audoin, Tilho, Foureau, Lamy. Cette énumération est bien loin de constituer la liste complète des hommes de qui le dévouement, le patriotisme et le courage assurèrent dans l’Afrique centrale le prestige du drapeau français, et je m’incline ici, modeste voyageur, avec autant de respect que de gratitude, devant les grands coloniaux qui ont écrit là — souvent avec leur sang — l’une des pages les plus glorieuses de notre histoire nationale.