Grand bien leur fasse. Je n’insiste pas. La recette cesse de m’intéresser.

Il est tard lorsque je m’endors. Mais, sous ma moustiquaire que secouent des rafales, je goûte un sommeil calme et reposant. J’ai retrouvé depuis peu la sensation d’euphorie dont m’avait momentanément privé la rude chaleur du Cameroun. Les satisfactions du voyageur sont simples. Elles empruntent directement à la nature la plupart de leurs éléments. Telles quelles, elles sont incomparables.

Le jour suivant, Je chasse deux heures le matin, autant l’après-midi, sans rien rencontrer que de très petites antilopes. Je ne les tire pas, elles sont trop loin.

Une tornade nous inonde.

Le banc de sable où nous couchons est, de nouveau, infesté d’insectes. Je suis forcé de dîner dans ma moustiquaire, sur ma natte. La nuit, une hyène, dont les empreintes nous ont seules révélé la reconnaissance, est venue voir silencieusement, au milieu de notre campement même, s’il n’y avait pas quelque larcin à faire. C’est la vie de famille.

Je repars en chasse le matin de très bonne heure. Je prends une tortue amphibie, grosse comme les deux poings. Ses longues griffes, qui s’agitent volontiers d’une façon gênante, me décident bientôt à la relâcher. Peu après, comme je passe au pied d’un beau palmier deleb, une bruyante agitation se déclanche à la cime ; les feuilles remuent ; j’entends de multiples claquements. Je regarde ; je ne vois rien tout d’abord ; et c’est, soudain, l’envol d’une troupe de chauves-souris de la taille d’un gros pigeon. Elles étaient là, en attendant que revienne la nuit propice ; notre approche les a troublées. Elles tournent quelques instants, déployant leurs grandes ailes, puis elles reviennent les unes après les autres et s’accrochent de nouveau, rassurées. Un peu plus loin nous trouvons un petit abri formé de quelques feuilles de palmier que supportent, à un mètre du sol, des piquets rustiques ; dessous, un tas de cendres noirâtres ; près de ce tas, deux groupes de petits cônes gris, semblables à des pains de sucre grossiers ; c’est du sel de deleb, et voici l’atelier.

Comme nulle antilope ne paraît, je regagne la rive pour y attendre la baleinière. En face, sur le sable, sont de nombreux oiseaux ; dans le fleuve, laissant voir à fleur d’eau la face supérieure de leurs têtes, trois crocodiles. Beaucoup plus loin, c’est un hippopotame qui souffle.

Ceux-ci, décidément, abondent. Dans l’après-midi, nous en dépassons encore deux groupes d’une vingtaine qui viennent, à brefs intervalles, se montrer à la surface. Mais ils sont plus craintifs que ceux du Logone et n’émergent chaque fois que durant une ou deux secondes. Ma maladresse use inutilement vingt cartouches sur ces brèves apparitions, et je reste dépité ensuite de m’être laissé sottement entraîner à cette vaine dépense. La nuit, nous en entendons d’autres qui se battent à terre, avec des cris sauvages.

L’arrivée à Miltou, le lendemain, me ménageait une petite déception. Je comptais y trouver mes porteurs, et surtout Paki. Il n’y avait personne. C’est à Goré seulement, contrairement à ce que je croyais, que j’étais attendu : deux jours de baleinière encore.

Malgré ma hâte de me remettre en route, j’ai dû stationner quatre heures à Miltou. Il a fallu ce temps pour obtenir que le chef du village consentît à me faire apporter, contre argent, une bouteille de miel, dix œufs, trois poulets, et environ un kilogramme de farine de mil. Encore ai-je dû me rendre moi-même à sa case, le faire prendre et le faire garder près de mon embarcation jusqu’à ce que satisfaction m’eût été donnée.