Nous nous dirigeons vers le fleuve. Les empreintes des hippopotames sont très nombreuses. On les prendrait pour des traces de rhinocéros, si elles n’étaient un peu plus allongées et ne présentaient quatre saillies onglées au lieu de trois. Il y en a en ce moment une dizaine qui viennent les uns après les autres souffler à la surface de l’eau.

Je tire, je retire, et à ma septième balle je n’ai encore obtenu aucun résultat.

Je m’impatiente ; cette chasse est stupide ; je m’irrite tout à la fois de l’avoir tentée, et des insuccès qui la marquent. En voilà assez. Nous partons.

Un peu plus loin, désireux de savoir si je dois douter de mon adresse ou de mes cartouches, je fais un essai sur un arbre. Il est assez satisfaisant. Je suis seul coupable.

Alors, je me calme, je reviens, je tire cinq fois encore, et je touche deux fois sur les cinq. L’un des animaux commence ses contorsions d’agonie. Son ventre émerge, rentre. Sa tête, brusquement, se dresse hors de l’eau, se renverse en arrière, disparaît. Mais la blessure est très visible. Il a, sous l’oreille, une large tache rouge. Il sera mort dans quelques instants.

Je rentre déjeuner au village. J’ai maintenant un bon entraînement. Quand je reviens — en tippoy, car j’ai assez marché le matin — la victime de mon jeu de massacre flotte, montrant son abdomen d’un jaune rosé. On la tire, non sans difficulté, sur le rivage. C’est une femelle. Elle mesure 3 mètres de l’extrémité du museau à la naissance de la queue. Ses paupières, le tour de ses yeux, ses joues, sont de la même teinte jaune rosé, sa nuque brune, entre deux oreilles presque roses, son muffle gris, tout piqueté. Les hommes l’ouvrent, pour que les lions en sentent mieux les émanations. Je m’éloigne au même moment pour les éviter.

Je rentre à cinq heures et demie à mon campement animé et paisible ; la viande des girafes se fume lentement, au-dessus de feux que des groupes d’indigènes entourent. Le ciel, vers l’est, est couleur d’ardoise. Notre nuit aura sa tornade.

Ahmed m’apporte un petit rongeur à la queue touffue, au joli pelage, de la taille d’un rat, qu’il appelle sabarou. Je m’en amuse quelques instants, puis je le remets en liberté.

Le lendemain, nous ne trouvons que des empreintes d’hyènes. Après quoi nous marchons quatre heures dans la petite brousse sans voir absolument rien.

Le surlendemain, nos constatations sont encore négatives. J’envoie les porteurs et mes serviteurs à Gongo, et je m’y rends par la brousse, où sont des traces nombreuses, — toutes de la veille, c’est de la malechance.