Mais il se baisse maintenant, très vite ; je suppose qu’il en a vu une autre. Somali et Paki, qui sont juste derrière lui, regardent, et, aussitôt, s’arrêtent. Somali recule, et, rapidement, me tend mon fusil.
Je le prends, et, au même instant, je fais, moi aussi, un pas en arrière pour me dissimuler derrière l’arbre. Je viens d’apercevoir confusément, près de la lisière du bois, à deux cents mètres, juste de profil, une grande et lourde silhouette qui m’a paru celle d’un rhinocéros.
Déjà Paki m’a fait un signe. Nous courons ensemble, à peu de bruit, en masquant nos mouvements à l’aide de deux petits buissons que nous gagnons par bonds successifs. Lorsque nous sommes derrière le second, je m’approche tout doucement d’une étroite solution de continuité à travers laquelle je puis voir ; je regarde, et j’aperçois deux buffles, énormes. L’un d’eux, le plus éloigné, est celui que j’avais pris pour un rhinocéros. Il s’est roulé dans une terre grise, et sa couleur naturelle a complètement disparu. L’autre, brun foncé, presque noir, est plus près, à cinquante mètres environ.
Il vient de nous voir ; il nous fait face, et nous regarde en baissant la tête. Il reçoit au même moment ma balle entre le cou et l’épaule. Puis, je tire sur l’autre, pendant que Paki tire à son tour sur le premier, et comme celui-ci s’enfuit au galop, je tire encore. Il tombe, s’agite, mais ne se relève pas. C’est fini pour lui. Je l’abandonne aux pisteurs.
Dans cet instant, un troisième apparaît, venant je ne sais d’où, et se hâtant vers la lisière du bois. Je fais feu rapidement, et, avec Paki, nous nous élançons derrière lui. Il a déjà disparu sous le couvert. Il saigne beaucoup, et se remet presque tout de suite au pas. Après un quart d’heure environ, nous le distinguons une première fois ; il se faufile entre les arbres. Une seconde fois, sa silhouette immobile, debout, se dessine dans l’ombre d’un petit fourré. Je vise. Comme je tire, il nous voit, fait un bond, s’enfuit à nouveau. Nous repartons aussi. Mais bientôt, Paki s’arrête, prend une poignée de poussière, la laisse retomber ; elle s’envole dans la direction de la piste. Le vent nous est défavorable. Nous en avons, si nous voulons le suivre, pour longtemps. Mieux vaut revenir, et s’occuper du second, qui, lui aussi, a fortement accusé mon coup de fusil, et qui est en ce moment derrière nous.
Nous retrouvons vite sa trace. Comme le dernier, il saigne abondamment. Il s’est arrêté plusieurs fois, et chaque fois, une flaque rouge, de la grandeur des deux mains, a marqué la place. Nous allons le trouver d’un instant à l’autre.
Paki plisse le front. Il a l’air préoccupé depuis quelque temps. On ne voit pas de loin, dans les arbustes, et nous y avons deux sérieux adversaires.
Il m’arrête, et me fait ses recommandations.
Blessé comme est notre animal, il sera probablement couché. S’il nous sent ou nous voit, il nous chargera sans doute tout de suite. Il faut marcher avec le maximum de précautions, puis, le moment venu, tirer très vite, me jeter de côté, tirer encore. C’est entendu.
Les choses se passent beaucoup plus simplement. Après dix minutes de marche l’arme prête, l’œil attentif, sur une piste à boucles, nous le voyons à 100 mètres, debout comme le précédent, et, comme lui, dans l’ombre. Je tire, il part droit devant lui, passe dans un petit espace clair où je tire encore une fois : il tombe et reste immobile.