Le mariage de mademoiselle de La Loupe avec le comte d'Olonne eut lieu quelques semaines après l'entrevue dont le cardinal de Retz nous a transmis le récit; et peu de mois après la comtesse d'Olonne s'était déjà séparée de son mari. Lorsque mademoiselle de Montpensier alla à cheval, avec son père le duc d'Orléans et le prince de Condé, au-devant du duc de Lorraine, campé près de Villeneuve-Saint-Georges, madame d'Olonne, sa sœur mademoiselle de La Loupe la jeune, la duchesse de Sully, et les comtesses de Fiesque et de Frontenac, faisaient partie de l'escadron des dames qui composaient le cortége de cette princesse. «On s'étonna, dit Mademoiselle, de la voir là, son mari étant auprès du roi, cornette de ses chevau-légers.» Il est probable que la liaison de la comtesse d'Olonne avec le marquis de Beuvron, la seule de toutes celles qu'elle forma qui fut quelque temps tenue secrète, était déjà commencée; peut-être même avait-elle précédé le mariage, et ce premier attachement a pu être l'obstacle inconnu qui fit échouer les projets de séduction du cardinal[ [580]. Une autre cause, plus probable, se trouve aussi dans la répugnance que, malgré sa pourpre, son haut rang, devait causer à une jeune beauté, plus frappée des agréments du corps que de ceux de l'esprit, un homme tel que Gondi. Si le portrait que nous trace Tallemant des Réaux, de ce héros de la Fronde, est fidèle, c'était «un petit homme noir, à vue très-basse, mal fait, laid, et maladroit de ses mains à toutes choses[ [581].» Madame de Pommereul, dont il parle dans cette partie de ses Mémoires, et avec laquelle il avait vécu, était la femme d'un président au grand conseil, qui, mariée contre son gré, et en discorde avec son mari, s'était séparée de lui[ [582]: madame de Sévigné fut liée avec son fils et son petit-fils, qui occupèrent des charges importantes[ [583].
CHAPITRE XXV.
1652.
Haine contre Mazarin.—Menaces du parlement contre le gazetier Loret.—Libelles et chansons contre la reine et son ministre.—Sermon du père Le Boux en faveur de la cause royale.—Prédications furibondes du père George contre la cour.—La cause royale gagne des partisans.—Beaufort battu à Gergeau.—Mazarin plein de confiance en lui-même.—L'armée royale est subitement attaquée par Condé.—Comment ce prince parvient à rejoindre son armée.—Habileté de Gourville et de Chavagnac.—Condé manque d'être pris par Bussy-Rabutin.—Combat de Bléneau.—Conséquences de ce combat si Condé eût battu l'armée royale.—Condé entre dans Paris.—Ses fautes.—Suites et résultats de la victoire de Turenne.—Événements et intrigues qui les produisent.—L'histoire ne mesure pas le temps d'après la durée astronomique.
Quelque nombreux, quelque divisés que fussent les partis qui s'agitaient dans Paris, ils se réunissaient tous pour s'opposer à Mazarin et résister au roi, ou plutôt à la reine sa mère. Ceux qui étaient partisans du premier ministre, comme ceux qui, tout en le détestant, voyaient trop de dangers à ne pas respecter en lui une autorité exercée au nom du roi, étaient en petit nombre; et leur voix était tellement comprimée, que Loret fut menacé, par les membres du parlement, d'un décret de prise de corps, parce que dans sa misérable Gazette (comme lui-même la nomme avec juste raison), il avait exprimé avec trop de franchise son opinion en faveur de la cause royale. Il se vit obligé de renoncer à la liberté de ses rimes, et de ne plus raisonner
Sur l'état présent des affaires,
Pour n'irriter tels adversaires[ [584].
Ce qui lui parut dur; car en terminant une de ses lettres il s'écrie:
Ah! que c'est une étrange chose
Quand on veut jaser, et qu'on n'ose[ [585]!
Cependant les libelles les plus odieux et les chansons les plus ordurières contre la reine et contre Mazarin s'imprimaient librement, et circulaient parmi le peuple, sans que le parlement songeât à réprimer tant d'audace. De tout temps ceux qui se sont armés contre le pouvoir, sous le prétexte de se soustraire à l'oppression, commencent par opprimer leurs adversaires, parlent sans cesse de justice, de liberté et d'humanité, et se montrent iniques et cruels.
La chaire évangélique avait pourtant maintenu son indépendance, et le parlement n'osait y porter atteinte. On s'empressait de se rendre aux sermons du père Le Boux, de l'Oratoire, et à ceux du père George, capucin, qui tous deux, mêlant la politique aux saintes leçons de la religion, prêchaient, le premier en faveur de la cause royale, le second pour la Fronde et le parlement. Le père Le Boux fut plusieurs fois insulté par la populace au sortir de l'église; mais il n'en continua pas moins à exhorter tous les partis à se réunir dans une commune obéissance aux ordres du roi[ [586]. Gaston assista à l'un de ses sermons, le 10 mars de cette année 1652, durant le carême; il y vint avec toute sa famille; et l'intrépide prédicateur, saisissant l'occasion qui s'offrait à lui, s'adressa à ce fils de France, et l'exhorta, avec tout la chaleur d'une éloquence vive et passionnée, à tarir la source des pleurs que la France versait et à faire cesser tous les maux qui pesaient sur elle. Il lui promit pour récompense les bénédictions du ciel et celles de tout le royaume, qui avait le droit de tout espérer de sa bonté et de sa puissante intervention. De son côté, le père George ne se montrait pas moins actif, dans ses furibondes prédications, à peindre la reine et son ministre comme altérés de sang et de vengeance, et ne songeant qu'à la destruction de Paris et à l'extermination de ses habitants.