J'ai donné au long le titre de cette édition des Souvenirs de Caylus, parce qu'elle a été inconnue à tous les éditeurs de ce livre curieux, et que c'est la seule où Voltaire se trouve nommé comme éditeur. Elle est sans la préface de Jean-Robert (Voltaire); mais la défense du siècle de Louis XIV suit immédiatement, et commence à la page 162, au verso de celle qui termine les Souvenirs. Cette édition diffère des autres. Celle de M. Monmerqué finit ainsi: Puisqu'il était avec elle.

FIN DES SOUVENIRS DE MADAME DE CAYLUS.

Notre édition, p. 161, se termine par des notes, comme un ouvrage non entier, avec ces mots de plus: «C'était bien plutôt une galanterie innocente qu'une passion.»

CHAPITRE VI.

Page [117], ligne 17: Je revins hier du Menil.

Il s'agit ici du Mesnil-Saint-Denis, à cinq kilomètres ou une lieue et quart de la Grange de Port-Royal. «Cette terre, dit l'abbé Lebeuf (t. VIII, p. 463 de l'Histoire du diocèse de Paris), ayant été aliénée par l'abbaye de Saint-Denis, était possédée à la fin du seizième siècle par MM. Habert de Montmor, qui en ont joui jusque dans le siècle présent.... On avait commencé, sur la fin du dernier siècle, à appeler ce lieu-là Mesnil-Saint-Denis-Habert. J'ai vu des Provisions de la cure du 19 décembre 1691, où cette dénomination est rejetée.»

C'est donc chez Henri-Louis Habert de Montmor, conseiller du roi, maître des requêtes de l'hôtel, qu'alla madame de Sévigné. Montmor fut de l'Académie française; il mourut à Paris le 21 janvier 1679. C'est de son fils, et non de son mari, qu'il est fait mention dans la lettre de décembre 1694[ [880], datée de Grignan. Ce M. de Montmor était alors à Grignan, et ce fut lui qui ménagea le mariage de Grignan avec mademoiselle de Saint-Amand.

C'était sans doute avec madame de Montmor plutôt qu'avec son mari que madame de Sévigné était liée. Sa correspondance ne fait mention que d'elle. Mademoiselle nous apprend que madame de Montmor était belle-sœur de madame de Frontenac. Cette dernière vivait alors[ [881] fort retirée, quoique possédant une grande maison; et elle prêta ses chevaux à Mademoiselle pour s'échapper de Paris. (Mémoires de Montpensier, vol. XLIII, p. 342 et 343.)

Habert de Montmor fut reçu à l'Académie française en janvier 1635, ou un peu avant[ [882]. Il était cousin de Cerisy, un des premiers académiciens. Savant et humaniste, Montmor cultivait les sciences exactes et la poésie. Il recueillit chez lui Gassendi, qui mourut dans son hôtel[ [883]. Il rassembla ses ouvrages, et les fit imprimer en six volumes in-folio. La préface latine qu'on y lit et trois ou quatre petites pièces de vers français consignées dans les recueils du temps, voilà tout ce qu'on a de lui. Il avait composé un poëme latin, avec le même titre que celui de Lucrèce; et il y avait développé toute la physique moderne. Huet, dans ses Mémoires[ [884], nous apprend que Montmor, en apparence sectateur de la doctrine épicurienne de Gassendi, préférait en secret la philosophie de Descartes. Il y avait chez lui, un certain jour de la semaine, une réunion de savants physiciens et de littérateurs, formant entre eux une petite académie dont Sorbier a donné les statuts dans une de ses lettres. Ménage nous apprend qu'il était dans une de ces assemblées avec Chapelain et l'abbé de Marolles lorsque Molière y lut les trois premiers actes du Tartufe[ [885]. Il dit aussi qu'à la suite d'un revers de fortune Habert de Montmor s'abandonna tellement au chagrin et à la douleur qu'il devint invisible durant les douze dernières années de sa vie[ [886]. Ceci explique le silence qui se fit sur lui à l'époque où madame de Sévigné allait au Mesnil. Malgré les pertes qu'il avait éprouvées, Montmor devait encore être riche, puisque cette belle propriété lui restait. Son père, Jean-Habert de Montmor, sieur du Mesnil, avait acheté en novembre 1627 l'hôtel de Sully (situé dans la rue Saint-Antoine, près de la rue Royale). Cet hôtel avait été construit par le partisan Galet, devenu célèbre par les vers de Regnier et de Boileau, à cause de sa passion pour le jeu. Sa fortune se trouvant ébréchée, son hôtel fut vendu d'abord à Montmor, ensuite au duc de Sully. Tallemant raconte que Galet ayant confié cent mille livres à Montmor, celui-ci nia les avoir reçues. Mais c'est là une historiette invraisemblable et dont probablement Galet est l'inventeur[ [887].—La Biographie universelle ne fait mention de Montmor nulle part: c'est ce qui nous a engagé à étendre cet article.

Page [119], ligne 2 de la note: Mémoires du comte de Guiche; Utrecht, 1744.