Néanmoins il ne faut pas croire que ces changemens se fassent sans règles; ils en ont au contraire d’assez fixes qui proviennent de ces petites voyelles intercalées que nous venons de voir servir par leurs inversions à exprimer tous les modes des temps, des personnes et des conjugaisons; c’est-à-dire, que ce sont ces petites voyelles qui affectant les grandes, selon les principes du [tableau no 2], faisant face à la page 219, les changent ou les confirment pour obéir aux règles générales de la conjugaison. Quelques exemples rendront ce mécanisme sensible.
Le verbe âkal, il a mangé, offre pour première radicale la grande voyelle â. Dans les principes de la conjugaison, no 1, la première radicale est affectée du petit a, naʆar; donc il faudrait écrire âakal. Mais ces deux sons se confondant par identité, on dit simplement âkal.
Au passif, ce n’est plus le petit a qui affecte la première radicale, c’est o (noʆer), et il faudrait dire aokel; mais a affecté d’o, ferait un hiatus; et pour l’éviter, les Arabes ont adopté la règle générale de ne prononcer que o, avec cette remarque que ce petit o bref et intercalaire devient un o radical et dominant; et ils disent okel, il a été mangé.
Si la voyelle est au milieu, les mêmes principes guident ses changemens: ainsi ces principes voulant que la seconde radicale, au prétérit actif, soit toujours affectée d’a, presque jamais cette seconde radicale n’y offre d’î ni d’ω; ces deux voyelles ne peuvent se montrer qu’au présent et futur.
EXEMPLE.
qâl il a dit, ïaqωl il dit, ou dira.
zâd il a augmenté, ïazîd il augmente ou augmentera.
Appliquez à cet exemple les petites voyelles du modèle naʆar, et vous verrez leurs règles observées.
qaâal, ïaqωol.
naʆar, ïanʆor.