A cette occasion je remarquerai, qu’entre les Anglais d’une part et les Italiens de l’autre, il y a cette différence notable dans la prononciation de toutes les voyelles, qu’elles ont un son plus clair chez les Italiens, parce que leur bouche plus ouverte laisse passer plus librement le son, qui, de la gorge vient droit frapper l’oreille avec éclat; tandis que chez les Anglais, les lèvres moins écartées, surtout des deux côtés, retiennent une partie du son entre la langue et l’arrière-palais, où il retentit comme en une concavité, ce qui lui fait porter à l’oreille une sensation de creux et de profond. La cause de cette différence nationale ne serait-elle pas que l’habitant de l’Italie, vivant sous un ciel tempéré, même chaud, a pris l’habitude de respirer largement un air frais et pur; tandis que la race anglo-saxonne, ayant toujours vécu sous un ciel humide et froid, a dû craindre de humer un air désagréable, nuisible surtout aux dents, et prendre par conséquent l’habitude de prononcer du fond de la bouche en serrant les lèvres. C’est à de telles causes physiques que sont dues bien des habitudes nationales: dans le cas présent, les Français, qui tiennent le milieu de toute manière entre les deux peuples dont je parle, en sont une autre preuve.
Le second ô (quatrième voyelle du tableau), est le son que j’appelle ô profond, grand ô, prononcé dans les mots français pôle, môle, fantôme, saule, baume; et dans les mots anglais bold (hardi), cold (froid), coat (habit), goat (chèvre), road (route).
La plupart des grammairiens l’ont appelé ô long, mal à propos, ce me semble, puisqu’il peut se solfier bref: l’épithète de profond le caractérise mieux, en ce que réellement la bouche, pour le prononcer, forme vers l’arrière-palais une cavité qui lui donne un son creux.
Cet ô profond qui a de l’analogie avec l’â profond, diffère comme lui du son clair, dont il partage le signe (ó): la preuve en est que si vous dites côte, on entendra côte d’animal, ou colline; si vous dites cóte, on entendra une cotte d’armes, une cotte de mailles: si vous dites sóte, c’est une épithète; si vous dites sôte (saute), c’est l’action de sauter: de même hóte (pour panier), ou haute (pour l’élévation), ou hôte (pour la personne qui loge), etc.[13].
[13] C’est pour cette raison que l’oreille dans la poésie n’aime pas que l’on rime ó bref avec ô long, comme dans ces vers:
Le bonheur n’est pas sur le trône,
La médiocrité nous le donne.
(Dorat, fable de la Linotte.)
De semblables différences existent chez les Anglais: si vous leur faites entendre ród, c’est une baguette; si vous prononcez rôd (road), c’est une route; si vous dites cót (cut), c’est coupé; côt (coat), c’est vêtement; bót (but), c’est la particule mais; bôt (boat), c’est un bateau; gót (gut), c’est intestin; gôt (goat), c’est chèvre, etc.
Dans l’écriture de ces deux langues, c’est un vice commun de peindre ce son simple par des combinaisons de lettres, comme en français eaux, hauts; en anglais oa, foe; toe, qui ne représentent que ô.