[140] Page 70, livre 1er, édition de Casaubon.

«Selon Possidonius, qui me paraît le plus versé en ces matières, les Arméniens[141], les Syriens, les Arabes ont entre eux beaucoup de ressemblance pour le langage, la manière de vivre et la forme du corps (page 71); et les Assyriens, les Ariens ressemblent entièrement aux Arabes et aux Syriens.

[141] Voyez note[F1], page 334.

«Le nom des Syriens paraît s’étendre depuis la Babylonie jusqu’au golfe d’Issus (près Alexandrette), et s’être étendu (jadis) jusqu’à la mer Euxine (Mer-Noire): lorsque les historiens racontent que les Perses détruisirent l’empire des Mèdes, comme ceux-ci avaient détruit l’empire des Syriens, ils n’entendent pas d’autres Syriens que ceux qui régnèrent à Ninive et à Babylone, parmi lesquels on compte Ninus, qui fonda Ninive dans l’Atourie, et Sémiramis, sa femme et son successeur, qui fonda Babylone (dans la Chaldée).»

De ce témoignage il résulte que les langues mortes appelées aujourd’hui hébreu, syriaque, chaldaïque, phénicien[142], sont entièrement identiques à l’arabe vivant qui frappe nos oreilles; et par conséquent cet arabe devient pour nous un moyen sûr et authentique de les apprécier, particulièrement sous le rapport de la prononciation et de la manière de la représenter, double point de difficulté pour nous, en ces langues anciennes qui ne sont plus connues que par des livres: il est vrai que l’apparente diversité de leurs alfabets et les fausses valeurs données à leurs lettres par les érudits modernes de notre Europe, soit juifs, soit chrétiens, ont d’abord masqué ces identités ou analogies; mais depuis que la communauté de leurs mots radicaux a commencé d’être démontrée par Albert Schultens[143]; depuis que la parité de leur structure respective est devenue évidente par l’analyse de leurs grammaires et de leurs alfabets, l’assertion de Strabon, ou plutôt des nombreux auteurs auxquels il la doit, est devenue une vérité positive, et l’on peut établir comme certains les faits suivans:

1o Que l’hébreu n’est point un idiome original, une langue mère, ainsi que l’ont prétendu les docteurs juifs et ceux qui épousent leurs préjugés;

2o Qu’il est seulement l’un des dialectes de l’ancien et vaste système de langage que j’ai indiqué; et par dialecte, il faut entendre ce qu’en style botanique on appelle une variété, à raison de quelques formes et nuances d’accident dans une espèce caractérisée par une structure commune, constante;

3o Que si l’on regarde l’arabe, le syriaque et même l’éthiopien comme trois de ces variétés, l’hébreu pourra être considéré comme une quatrième, qui cependant n’aura pas même le mérite de l’originalité, puisque dès long-temps des érudits très-respectés lui ont trouvé tant d’analogie avec l’idiome phénicien ou kananéen, qu’ils n’en ont pas fait de différence. Je reviendrai bientôt sur ce point.

[142] On pourrait ajouter le maltais s’il eût été recueilli avant de s’imprégner d’arabe.

[143] Voyez ses Origines Hebrææ in-4o—1761, Leyde.