Maintenant quels sont les élémens prononciables que l’on supprime ainsi dans l’écriture? J’ai démontré sur l’arabe vivant[150] que ce sont uniquement des voyelles, et des voyelles de la même nature que celles inscrites dans l’alfabet, avec cette seule différence que celles-ci sont de mesure longue, et celles-là de mesure brève. Tout ce que j’ai dit de l’arabe sur ce point doit s’appliquer à l’hébreu.
[150] Voyez l’Alfabet européen, [partie 2].
Il a plu aux auteurs de l’alfabet hébreu ou phénicien (car c’est une même chose) de n’établir que vingt-deux lettres ou signes de prononciation, dont quatre voyelles et dix-huit consonnes: eh bien, c’est en cela qu’ils ont péché; car aujourd’hui nous démontrons par l’analyse qu’au lieu de quatre voyelles seulement, dont ils ont tenu compte, la langue parlée en a employé dix ou onze; de manière que six ou sept ont été supprimées, et qu’il faut les restituer. Que doit-on faire, qu’a-t-on déjà fait à cet égard? c’est ce que nous verrons bientôt. Mais, pour la clarté du sujet, ne cumulons pas les difficultés: bornons-nous à examiner l’alfabet, à établir la valeur de ses lettres relativement à notre système européen.
L’alfabet hébreu se compose de vingt-deux lettres, dont la planche no I offre au lecteur le tableau ci-à côté.
Sur ces lettres, il faut considérer; 1o l’ordre; 2o le nom; 3o la figure; 4o la valeur.
Relativement à nous Européens, la valeur des lettres hébraïques est assez bien établie par la généalogie des alfabets arabe et syriaque d’une part, et des anciens alfabets grec et latin de l’autre.
L’on est d’accord que l’alfabet arabe actuel n’est autre chose en son origine que l’alfabet syriaque, introduit à la Mekke et à Médine vers l’an 530 de notre ère; l’on convient encore que le syriaque d’alors n’était qu’une altération ou une variété du babylonien ou chaldéen, qui est notre hébreu présent; et que, plus anciennement, les uns et les autres ne furent que l’altération du phénicien, représenté par le caractère dit samaritain[151], lequel a été l’hébreu primitif dont s’est servi Moïse, et dont l’usage a subsisté national jusqu’à la captivité de Babylone.
[151] Par la raison qu’une portion de Juifs, attachés aux anciens usages, n’ayant point voulu admettre la réforme d’Esdras, les novateurs, partisans de celui-ci, les excommunièrent, et les placèrent au rang des Samaritains, qu’ils avaient sans raison constitués leurs ennemis. Ces excommuniés ont conservé le pentateuque samaritain, qui laisse encore à résoudre différens problèmes.
La langue syriaque d’une part, n’ayant cessé de fleurir et d’être parlée que du treize au quinzième siècle de notre ère, les Arabes musulmans ont eu, pendant six ou sept siècles, toute facilité de sentir l’analogie de leurs prononciations, et d’établir la correspondance de leurs lettres avec celles des Syriens.
D’autre part, dès le premier siècle de notre ère, les Syriens, devenus chrétiens, ayant traduit les livres des Juifs, et les individus des deux nations ayant vécu ensemble dans un laps de temps qui remonte au-delà de la captivité, nous avons tout lieu de regarder comme exactes les correspondances dont je viens de parler: j’en présente le tableau à la fin de ce volume dans la planche no II, afin que le lecteur ait sous les yeux les moyens positifs d’établir son opinion.