A l’égard des anciens alfabets grec et latin, nous sommes assurés par plusieurs inscriptions et monumens de haute date[152], et par le témoignage unanime de nombre d’auteurs, que leurs lettres originales ne sont autres que celles des phéniciens, mal à propos attribuées à un prétendu Kadmus, que j’ai démontré n’être que le mythologique Hermès ou Mercure[153]; lesquelles lettres, à raison d’un commerce très-actif, ou peut-être de migrations de peuplades entières des pays phéniciens, furent adoptées quinze ou seize siècles avant notre ère par les habitans de la Grèce et de l’Italie.

[152] Voyez Barthelemy, Réflex. sur l’alfabet de Palmyre, 1 vol. in-4o, 1754.—Le même, dans les Mém. de l’Académ. des inscript., tom. 26, Mém. sur Palmyre.—Ibid., tom. 30, p. 405, et tom. 32.—Fourmont, ibid., tom. 23, p. 394. Mém. sur Apollon Amycléen, et sur un monument de ses prêtresses.—Enfin l’abbé Lanzi, italien, Essai sur la langue étrusque, et sur les tables Eugubines.

[153] Voyez la Revue Encyclopédique, année 1819, mois de juin, p. 505.

L’on est d’accord que le plus ancien ordre alfabétique de ces vingt-deux lettres a été le même; et parce que les anciens auteurs grecs et latins ont cité beaucoup de noms soit géographiques, soit patronymiques phéniciens, syriens et arabes, l’on trouve en ces citations un moyen additionnel d’apprécier la valeur des prononciations.

C’est d’après de nombreux calculs de ces données, que j’ai admis, et que je propose d’admettre, pour les lettres hébraïques, les valeurs portées au tableau coté [planche Ire].

§ IV.
Remarques sur la Figure, la Valeur, le Nom et la Série des Lettres hébraïques.

Le lecteur doit observer d’abord que les petits chiffres, arabes, acculés aux lettres européennes dans la colonne de valeur, sont des renvois aux deux tableaux de voyelles et consonnes, placés dans mon Alfabet européen, savoir le tableau des voyelles, pag. 28, coté [no I]; et celui des consonnes, pag. 92 coté [no II]. Là se trouvent des détails de précision trop longs pour être répétés ici.

En second lieu, il remarquera sur la lettre , qu’aucune bouche arabe ne prononce ni ne connaît le que nos hébraïsans lui comparent; ici, c’est une valeur que les Juifs ont empruntée des Allemands ou des Grecs du Bas-Empire, chez qui l’ont introduite les Slaves.

Sur h, qui est notre aspiration douce, il me semble d’un ridicule parfait de dire comme nos hébraïsans «h sans aspiration.» Qu’est-ce que le signe d’aspiration sans aspiration?

Sur Ҥ qui est le signe de l’aspiration rude, j’observe que cette lettre capitale est admise par la commission d’Égypte dans la belle carte géographique qui va paraître.