Les deux lettres suivantes Ԏ et ȶ, qui désignent le th anglais ou θ grec, ont l’inconvénient d’être nouvelles; mais elles sont plus commodes que les deux T, t, avec cédille, que j’ai proposé dans l’Alfabet européen.

A l’égard du K, il paraît qu’au temps d’Origène et de Jérôme, il ressemblait au son du Χi grec, qui vaut le ich allemand; mais, comme chez les Arabes il est toujours prononcé comme notre Ke, je lui en conserve la valeur sans nier sa déviation en Χi doux et en ich, selon les explications que j’ai données, [pag. 75], de l’Alfabet européen, et no 28 du [tableau II] du même Alfabet.

L’S de samek ne doit jamais être prononcée z.

L’Ṣ de sodi est l’ṣ dure particulière à l’Arabe, que j’ai expliquée ailleurs[154], ainsi que le qâf, ou qouf, et le ăïn, tous trois inconnus en Europe.

[154] Voyez Simplification des langues orientales, pages [210] et [211], et Alfabet européen, page [140] et suiv.

F ne doit jamais être prononcé p, quoique je ne nie pas que les anciens Grecs et Latins aient pu prononcer ph autrement que nous; car je crois, par exemple, que le mot éphéméride n’a pas été prononcé éféméride; mais à raison du grec qui n’écrit point l’h au corps du mot, il a dû être dit ép’-héméride.

La lettre š n’est pas positivement une lettre neuve; je l’avais déjà projetée et introduite dans l’Alfabet européen, où l’on peut la voir dès la pag. 129, [lignes 11, 12 et 13], (Š š); mais parce que alors il ne me fut pas accordé de diriger moi-même le graveur, elle se trouva défectueuse (vu sa couronne trop peu sensible), et je fus contraint de la remplacer par j renversé ou ſ, qui est peu gracieux et peu commode dans l’écriture. Le š, en s’écrivant comme l’s commune, a cela de facile qu’il suffit d’un petit trait de plume sur sa tête pour le caractériser.

La dernière lettre, le T, paraît avoir eu diverses valeurs chez les anciens. Les Syriens en font le th anglais; les Chaldéens l’emploient là ou les Phéniciens et les Hébreux emploient le šîn: par exemple, ce que ceux-là écrivent terafim, ceux-ci l’écrivent šerafim (cherafim). Il est à croire que cette lettre a eu quelque chose du tchim persan, et alors elle aurait eu de l’analogie avec le tché arabe écrit , puisque les Bédouins disent tchelb au lieu de Kelb (un chien)[155].

[155] Cela expliquerait pourquoi Étienne de Byzance dit que Ninus régna d’abord à Télâné, qui est la grande ville chaldéenne Kélâné, mentionnée dans la Genèse.

Le mérite de ces remarques est surtout pour les étymologistes; car, relativement à nous, cela seul suffit de savoir et de convenir que les lettres hébraïques portées au tableau seront constamment représentées par les lettres capitales européennes qui leur correspondent; de manière que le lecteur pourra, sur la vue de celles-ci, rétablir celles-là, avantage que jusqu’ici n’a procuré aucune méthode.