[173] On peut en voir les détails dans le livre intitulé: Rudimenta linguæ hebraicæ, autore Antonio Rodolpho Cevallerio, 1567. Parisiis apud Henricum Stephanum. Mais parce que les livres de ce genre ne sont pas sous la main de tout lecteur, j’ai placé ce fragment dans mes notes justificatives[F6] à la fin du présent volume.
Parmi les points ou accens grammatiques, les uns sont équivalens à nos virgules, à nos points et virgules, points doubles, points d’interrogation, d’admiration, etc. Les autres que l’on peut appeler musicaux, marquent tous les tons et inflexions que doit prendre la voix dans la lecture. Leur nomenclature seule forme une science barbare en hébreu, et assez ridicule en français. Tous ces signes sont de petites barres, de petits points diversement combinés, qui se placent tantôt droits, tantôt transverses, ou dessus, ou dessous les lettres alfabétiques. Si l’on remarque que chaque mot des livres hébreux est susceptible de recevoir plusieurs de ces signes, on concevra quelles innombrables difficultés en résultent pour ce qu’on appelle une exacte lecture.
Dans mon système de lettres européennes, tout cet imbroglio devient inutile: d’abord, au moyen de notre ponctuation usuelle, nous n’avons pas besoin de savoir les noms bizarres que les rabbins donnent au point, à la virgule et à leurs composés: il nous est également inutile de savoir si, sur une telle lettre ou telle syllabe, nous devons pousser un soupir aigu ou profond, du nez ou de la gorge, comme il se pratique dans les synagogues: non que je prétende nier que les Hébreux aient pu lire avec des intonations étranges pour nous, puisqu’aujourd’hui nous en retrouvons de semblables chez les Arabes dans la récitation du Qôran; je dis seulement que la prosodie actuelle des Juifs est d’invention moderne, imitée de celle-là, et que tout cet appareil ne sert en rien à connaître le vrai sens des mots, seul but de nos recherches. Je me range donc à l’avis de nos grammairiens; et, comme eux, je laisse à part toute cette fausse science pour concentrer notre examen sur les vrais points-voyelles, c’est-à-dire sur ceux qui figurent des voyelles. Je présente ci à côté leur tableau, coté no III, en priant le lecteur d’y donner une attention particulière.
TABLEAU
DES POINTS VOYELLES JUIFS.
| SIGNIFICATION DE CES NOMS | ORTHOGRAPHE LITTÉRALE. | ORTHOGRAPHE VULGAIRE. | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| EN FRANÇAIS. | EN LATIN. | |||||
| rassemblement des lèvres | oris collectio (ut pugilli) | Qomes (gadωl) grand. | Kamets | בָ B a | l o n g s. | |
| bruit d’un gond | cardinis stridor | sri | tseré | בֵ B e | ||
| éclat de voix | frendor magnus | ҥîreq (gadωl) grand. | Chirik | בִי B î | ||
| perfection (ôméga) | perfectio | ҥωlem | Kholem | ךֹ B ô | ||
| sifflement | sibilum | šωreq | Schourek | בךּ B où | ||
| ouverture | apertura | fataɦ | phatach | בַ B à | b r e f s. | |
| le collier | monile (à figurâ) | segωl | Segol | בֶ B é | ||
| petit éclat | frendor parvus | ҥîreq | chirik | בִ B i | ||
| ҥatf Qames | Kamets-Kateph | בָ B ò | ||||
| rassemblement | collectio | Qobus | Kibbuts | בֻ B ù | ||
| le serviteur ou le niveleur | 1o servus, captivus; 2o æquator. | 1o šeba, ou 2o šωa | Schéva | בְ B emuet. | b r é v i s s i m e s. | |
| ouverture rapide | rapta apertio | ҥatf fataɦ | Kateph-phatach | בֲ B à | ||
| le collier rapide | raptum monile | ҥatf segωl | Kateph-Segol | בֱ B e | ||
| l’ouverture rapide | rapta collectio | ҥatf Qomes | Kateph-Kamets | בָ B ò | ||
| appesantissement ou plutôt redoublement | aggravatio (litteræ) | Dagueš | Daghes | בּ B | ||
| mafiq | mappik | הּ B | ||||
| No III. | Pour faire face à la page 375. |
La colonne no 1 présente, 1o les figures des divers points appliqués à une même lettre (B) laquelle sert de modèle pour toutes les autres.—2o La valeur de chaque point en lettres européennes, selon mon tableau de l’Alfabet européen, [pag. 28].—3o Les noms juifs de ces points selon l’orthographe vulgaire, qui semble être une orthographe allemande venue des Buxtorf.
La colonne no 2 présente ces noms avec une orthographe conforme à l’écriture hébraïque, c’est-à-dire que nos vingt-deux lettres capitales peignent les vingt-deux lettres de l’alfabet hébreu; tandis que le texte romain figure les points-voyelles selon la valeur que je leur assigne.