Or les analogues de ceci se retrouvent dans les points-voyelles juifs; car phatach (9e de la série) valant a, n’est réellement que Fatha de nom et de chose: il se répète dans Kateph patach (fatha bref): encore dans Kamets qui n’est que a: les deux chirik ou kirek sont le kesré valant i: schourek et kibbus sont le domma valant ou bref.

D’autre part, les Arabes s’étant aperçus que dans certains cas Alef se prononçait O comme dans omam, (les nations), et que cet o long avait sa brève dans kotob (les livres), ils établirent aussi des signes pour figurer ces deux états; or, la même chose se présente en kholem, en kamets-katef et katef-kamets.

Enfin, en d’autres cas, ayant remarqué une voyelle singulière qui est e, les Juifs, mieux que les Arabes, convinrent de la désigner par tséré, segol et même scheva.

On me dira sans doute: Que deviennent les trois grandes voyelles, a, i, ω? Quel rôle jouent-elles? J’emprunte encore ma réponse des Arabes, que je considère toujours comme imitateurs des Juifs. Alors qu’ils eurent reconnu que chaque consonne avait besoin d’un signe voyelle pour être prononcée correctement, et qu’à ce moyen chaque consonne dut être considérée comme muette quand elle manque de ce signe, ils appliquèrent aux grandes voyelles un raisonnement et une opération semblables; et parce que les grandes voyelles changeaient quelquefois de valeur, que A devenait O, que I devenait E, ils statuèrent que même ces lettres-voyelles n’auraient une valeur positive qu’autant qu’elles seraient marquées de l’un des petits signes appelés points-voyelles. De cette manière, ces petits signes eurent seuls la faculté vocale ou voyelle; et toutes les lettres, même celles des grandes voyelles, ne devinrent que des signes expectans, des signes algébriques qui attendirent leur dénominateur. Alors les grandes voyelles se trouvèrent assimilées aux consonnes; et voilà l’origine et le nœud de ce singulier paradoxe établi chez les Orientalistes, savoir: que toutes les lettres de l’Alfabet phénico-arabe sont des consonnes[176]. Dans le fait il n’y a de voyelles longues que a, i, ω et ăin, d’abord en leur état naturel, puis en leur état composé; c’est-à-dire quand un petit signe, point-voyelle, leur est appliqué pour les changer en O ou en E: le lecteur va voir dans le [tableau no V] cette division établie d’après ces principes.

[176] Voilà pourquoi Alef, dépouillé de sa valeur, est faussement dit n’être qu’une aspiration.

TABLEAU GÉNÉRAL
DES VOYELLES.

VOYELLES HÉBRAÏQUES
TANT SIMPLES QUE COMBINÉES AUX POINTS VOYELLES.
VOYELLES ARABES
TANT SIMPLES QUE COMBINÉES
AUX MOTIONS OU POINTS VOYELLES.
1alefgrand aאseul adans ame اalef seul.
alefavec a moyenאָavec kametsاَavec a petit dit fataɦ
alefavec a petitאַavec fataɦ sous
2apetit, sous consonneבַfataɦ sous bbabref dans battu بَa vaut ba.
3îgrand, seulיI seul îlong (dans île) يgrand î seul.
îgrand, avec i petitיִɦireq grand ou petit.يِi avec petit i dit kesré.
4ipetit, sous consonneבִɦireqbibref (ici) بِi petit sous consonne.
5ougrand, seulו ωoû français (voûte) ‏و‎grand ou seul.
ougrand, avec bref, petit‏וּ‎ ‏وُ‎ avec ŭ petit.
6bref, sous consonneבֻבָ ò بُ bref sur consonne.
7alefavec petit i ou eאִאְ ɐ ē(elle) اِgrand a et petit i.
8alefavec o petitאָא o(omettre) اُgrand a et petit ou.
9ioudavec a moyen ou petitיָ aiou ê (maître) يَgrand i et petit a.
10ougrand, avec a moyen ou petitוָ ô(pôle) وَgrand ou avec petit a.
ăïnpurע ăguttural عăïn seul.
11ăïnavec a moyen ou petit‏עָ‎ ‏عَ‎avec à petit.
12ăïnet petit iעִ ĕA
r
a
b
e.
qàtĕ (coupant) عِavec i petit.
13ăïnet ŭ brefעֻ ŏborqŏ (voile) عُavec ou petit.
No V.Pour faire face à la page 381.