De là sont nés ces mots phaal, niphal, phiel, phual, hiphil, hophal, hithphael, qui, assaisonnés de phatach, kamets, schourec, kibbus, etc., forment un jargon vraiment barbare et rebutant pour tout novice; jargon d’autant plus ridicule, d’autant plus vicieux, que l’instituteur prétend expliquer l’hébreu par de l’hébreu, et qu’il emploie une orthographe qui, masquant les lettres radicales, ôte le moyen de les reconnaître.
Ma méthode a du moins l’avantage de balayer tout cet imbroglio: parlant à des Européens, j’emploie le langage qui leur est connu; j’applique aux grammaires d’Orient les termes de nos habitudes; le disciple n’est pas effarouché par une nomenclature baroque à laquelle il n’entend rien, et de plus il retrouve dans toutes les formes de la conjugaison les lettres radicales soigneusement conservées.
Cette barbare nomenclature n’est pas la seule maladresse qu’aient commise nos hébraïsans d’Europe; dès le principe, ils en ont commis une autre plus grave en adoptant la vieille méthode des Orientaux qui déraisonnablement ont pris le mot FăL pour type de conjugaison: je dis déraisonnablement, je dois expliquer pourquoi.
Dans la structure du verbe hébreu, arabe, etc., il y a ce mécanisme remarquable, que le verbe n’est considéré comme sain et régulier que quand son mot radical est composé de trois lettres alfabétiques: les grammairiens disent trois lettres; moi, je dis trois syllabes, en priant qu’il me soit accordé d’appeler syllabe une portée de voix, un son entier, soit voyelle simple, soit voyelle vêtue d’une consonne, puisqu’en l’un et l’autre cas, il n’y a qu’un seul temps de voix, une seule prononciation.
Nous disons donc que le mot radical, est composé de trois lettres ou syllabes radicales; maintenant un principe constitutif de la langue veut que ces syllabes soient toujours prononcées en a bref.
Par exemple, le radical étant DBR (il a parlé), ou FQD (il a visité), ces trois lettres doivent être prononcées en a, DaBaRa, FaQaDa: ceci veut une explication.
Les grammairiens hébreux et syriens déclarent que les deux premières lettres seulement se prononcent en a, et que la troisième reste muette (DaBaR, FaQaD); je n’ai rien à leur objecter; ils ont pour eux un usage qui paraît immémorial, et qui existe encore dans l’arabe vulgaire; mais, dans l’arabe ancien, appelé littéral ou Naɦou, la chose se trouve comme je viens de l’établir, c’est-à-dire que la troisième lettre radicale prend toujours une voyelle, d’autant plus nécessaire qu’elle a servi à caractériser divers états du mot, non-seulement dans le verbe, mais encore dans le nom; car, selon que l’on ajoute à un nom l’une des trois petites voyelles a, i, o, ou u, ou l’une des nasales an, on, in, on leur imprime ou on leur confirme un état nominatif, ou génitif, datif, accusatif, etc.
Par exemple:
| ARABE ANCIEN ou NAHOU. | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| NOM. | al ou el | malek u | le | Roi. | |
| GÉN. | el | malek i | du | ||
| DAT. | l’el | malek i | au | ||
| ACC. | el | malek a | le | ||
| VOC. | ïa | malek a | ô | ||
| ABL. | men el | malek i | du | ||
On voit ici quelque chose de semblable au latin et encore plus au grec; en ce que, outre les articles le, du, au, qui précèdent le nom (comme font ὁ, τοῦ, τὸν), ce nom reçoit encore les finales ù, i, a, qui, comme ος, ου, ω, ον, ε, servent, pour ainsi dire, par surabondance, à spécifier son cas. Dans le vieil arabe, comme dans le grec et le latin, cette addition suit des règles fixes, tant au singulier et pluriel du nom, qu’aux cas et nombres de son ou de ses adjectifs. Laquelle de ces deux races d’hommes, lequel de ces deux systèmes, le scythique-sanskrit ou l’arabique-chaldéen, doit-on considérer comme inventeur ou comme imitateur d’une telle méthode? C’est une question intéressante et profonde, dont la recherche appartient à d’habiles étymologistes.