Les lettres ou syllabes mobiles qui roulent autour du mot, demeuré fixe, sont appelées lettres serviles ou plutôt serviables, parce qu’elles rendent le service d’exprimer les modifications de l’action, et de désigner le genre, le sexe, le nombre, la qualité de l’agent.
Ces lettres serviles sont au nombre de onze, savoir: mšh ω KLB aïTn. Leur réunion en ces quatre mots a le mérite de les rendre plus faciles à retenir, à raison du sens qui en résulte: ce sens est moušah (Moyse), et kaleb (le) vaillant.
Il importe de les noter en sa mémoire, afin que l’on puisse, quand les mots se montrent surchargés de lettres, s’assurer de celles qui ne sont point serviles, et qui dès-lors deviennent un moyen de découvrir les radicales: cette opération est une des véritables difficultés de ce langage; mais l’habitude en donne le tact; par exemple, dans le mot ωhŠTҤωh (et il s’est prosterné) Ҥ seul n’est pas servile, et il n’est pas d’abord facile de démêler le radical ŠҤh šaɦah, incliner, courber une chose.
L’hébreu n’a pas d’autres temps que ce prétérit et ce futur: ainsi, lorsque, dans les traductions quelconques, l’on nous donne des imparfaits, des conditionnels, des présens, ce sont des déviations, des altérations réelles du texte.
Les interprètes disent que c’est pour mieux nous le faire entendre; qu’autrement le style roide et rompu de l’original choquerait nos oreilles et nos habitudes: ces excuses ne sont pas recevables; du moment qu’il a plu d’attacher la plus haute importance possible au sens des écritures, l’on n’a pas le droit de modifier le littéral pour nos convenances; on nous ôte le moyen d’apprécier l’intelligence de ces hommes du temps passé, et d’en mesurer la finesse ou la grossièreté, par l’instrument le plus fidèle qu’ils nous en aient laissé.
Dans le futur, il y a équivoque entre les deux termes, toi, homme, visiteras, et elle, femme, visitera, exprimés par le même mot TeFQoD: c’est un défaut de la langue;—le vieil arabe la corrige par ses finales;—il dit:
| Tefqod-ŭ | toi, homme, visiteras. |
| Tefqod-i, | elle, femme, visitera. |
Après le prétérit et le futur, vient le mode impératif qui, à vrai dire, n’est pas un temps. Le lecteur doit remarquer que ses trois radicales F, Q, D, sont précisément les mêmes que dans l’infinitif: leurs petites voyelles, même rabbiniques, ne diffèrent point essentiellement; d’ailleurs l’authenticité de ces voyelles rabbiniques est plus que douteuse, surtout pour la première: jamais, dans l’arabe, la consonne première de l’impératif n’en reçoit, elle est muette; et, pour la prononcer, on place devant elle une voyelle: on dit EFQoD (visite), ou plutôt OFQoD; car par euphonie, le o de QoD convertit en o l’E ou Alef qui est devant F[192].
[192] Dans le syriaque, cette première radicale est muette: on dit FQoD comme d’une syllabe; mais parce que le système rabbinique n’admet point de consonne muette, il attribue ici à l’F un e brévissime, qui n’est que l’équivalent du djazm arabe, ou privation de voyelle, FQoD.
Ne peut-on pas considérer le mot de l’impératif comme un vrai substantif, dont l’énoncé provoque l’acte que l’on demande ou commande?