On regarde encore comme une élégance de mettre le verbe avant le substantif qui le régit: DIXIT DOMINUS domino meo[195]; mais sommes-nous bons juges des élégances hébraïques? d’ailleurs en nombre d’occasions le verbe marche après son substantif: in principio Deus creavit cœlum.

[195] Dans ce psaume, la version latine est remplie de fautes, à son ordinaire: j’espère en convaincre le lecteur à la fin de ce chapitre.

Certains noms collectifs, au singulier, tels que peuple et ville, gouvernent souvent le pluriel; ceci a lieu en anglais, difficilement chez nous. Par inverse, quelques noms de Dieu, construits au pluriel, régissent un verbe au singulier; par exemple: ELaHiM, BăLIM, ADoNIM.

L’hébreu n’a point d’adjectif distributif; il dit: nation nation, tribu tribu, pour dire chaque nation, chaque tribu.

Une locution qui nous est étrange, mais qui est commune à l’arabe, est celle-ci: Le chemin que moi allant sur lui, au lieu de, le chemin sur lequel je vais.—L’homme que j’ai donné à lui, au lieu de l’homme à qui j’ai donné.—Vous que nous avons vu votre face, au lieu de, vous dont nous avons vu la face.—Celui que j’ai entendu sa parole, au lieu de, celui dont j’ai entendu la parole.—La raison de cette tournure est que l’hébreu, manquant des pronoms relatifs, qui, lequel, dont, a été obligé de prendre ce détour assez simple, mais monotone, qui montre toujours sa pauvreté.

On veut que la particule ω signifiant et, placée devant un verbe, convertisse tantôt le futur en prétérit, et tantôt le prétérit en futur, et cela au moyen de tel ou tel point-voyelle dont on l’affecte; mais, puisque les points-voyelles sont factices, une si étrange règle est sans autorité; avec cela on fait des prophéties quand on veut.

Il est constant qu’il est des cas où notre bon sens veut entendre au prétérit ce qui est un futur évident. Par exemple: ωa iaMeR est bien certainement et il dira: cependant il est telle narration où il faut l’entendre et il a dit: mais qui sait si cette locution, impropre par elle-même, n’a pourtant pas eu lieu chez les Hébreux avec le sens futur?

Après avoir dit que dans le style hébraïque le prétérit est souvent mis pour nos imparfaits, plus-que-parfaits de l’indicatif ou du subjonctif (au lieu de dire que c’est nous qui mettons tout cela au lieu du prétérit), le raisonnable grammairien Ladvocat ajoute ces mots remarquables, page 190: «Les Hébreux changent souvent de temps et de personnes, passent continuellement du futur au prétérit, du prétérit à l’impératif, à l’infinitif, au participe; du singulier au pluriel, etc. C’est dans ces changemens et dans cette variété que consistent en partie la nature et la beauté de leur poésie; mais il ne faut pas s’imaginer que tout cela se fasse au hasard, sans règle ni mesure....» Et plus haut il a dit: «Ils font plusieurs ellipses ou réticences de mots; mais elles ne sont pas si communes que les grammairiens ont coutume de le dire; en imaginant toutes celles qu’ils voudraient introduire, on fait dire au texte tout ce que l’on veut.»

Un tel aveu est précieux de la part d’un homme qui a écrit sous la censure ombrageuse de la Sorbonne: la vérité est que, faute de précision, une foule d’équivoques remplissent surtout les psaumes et les prophéties, comme l’a avoué franchement le savant Calmet.

Enfin il y a des locutions dont on ne se rend pas bien compte dans nos langues. Par exemple, quand l’hébreu dit (la) mort vous mourrez; (le) goût j’ai goûté, les Latins ont traduit cela tantôt par des ablatifs, morte morieris, tantôt par des participes, gustans gustavi: ce n’est pas positivement le sens de l’hébreu, car ces deux mots mort (mωt).... et goût (ԏăm) sont indéfinis, comme je le présente; c’est une manière d’affirmer en répétant.