«Vient ensuite une race d’hommes d’un aspect étrange: leurs bouches poussent les cris de la langue phénicienne; ils habitent les monts de Solime près d’un immense marais; leurs têtes rasées et sales offrent le hideux spectacle d’un casque formé du cuir fumé de la tête d’un cheval.»
Il est bien clair que ce sont-là les Juifs ou Hébreux de Jérusalem, et que le langage phénicien leur est pleinement attribué.
Walton, auteur de la Bible polyglotte anglaise, dans ses Prolégomènes, page 17, § 19, colonne 1re, cite une foule de passages des pères de l’Église, Augustin, Ambroise, Jérôme, etc., ainsi que du savant Samuel Bochart (en son Phaleg et Chanaan), lesquels prouvent, sinon l’identité, du moins l’extrême analogie de l’hébreu avec le kananéen, ou phénicien des Carthaginois, dont les paysans, même du temps de saint Augustin, se servaient encore en déclarant qu’ils étaient Kanani.
Le même Walton, § 14, même page, cite un grand nombre de noms de villes et de personnes tant hébreux que phéniciens, qui confirment cette identité; mais on ne peut admettre la preuve que lui et d’autres biblistes veulent tirer du verset 18 d’Isaïe, chapitre 19 (En ce temps-là, il y aura en Égypte cinq villes parlant la langue de Kanaan), attendu que tout le chapitre est si obscur, et le temps mentionné si incertain que l’on n’en peut faire aucun usage raisonnable. Au reste, depuis cette page 17 jusqu’à la page 27, l’estimable et savant Walton abonde en preuves intéressantes, au soutien de tout ce que j’ai dit sur les points-voyelles.
[F3] Note relative à la page 351.
Eusèbe, Prépar. évang., liv. X, chap. V.
Dans le cours de ce chapitre, Eusèbe établit comme un fait palpable l’identité du nom des lettres de l’alfabet grec, avec celui des lettres hébraïques. Car, dit-il, en quoi aleph diffère-t-il d’alpha? en quoi beta diffère-t-il de beth, gamma de gimel, delta de delth, ou e-psilon de he, ou zaï de zeta, ou theta de theth? etc. Ces noms, ajoute-t-il, n’ont point de sens en grec, mais ils en ont en hébreu (et de là il déduit pour l’alfabet grec une origine hébraïque ou syrienne); par exemple: alph signifie discipline, enseignement; beth, une sorte de maison; gimel, la plénitude; delt, des livres: he, elle-même; de manière qu’il en résulte cette phrase: la discipline de la maison; la plénitude des livres elle-même.
Ouau signifie en elle-même; zaï, il vit; heth, vivant; d’où résulte cette phrase; en elle vit vivant; leth, bon; ioth, principe; ce qui fait bon principe; chaph signifie cependant; labd apprenez; mem signifie d’eux; nun, éternel; samch, secours; ain, œil ou fontaine; phe, bouche; sade, justice; kôph, appellation; res, tête; sen, dents; thau, des signes (signa). Voilà, ajoute-t-il, le sens des lettres en hébreu, et nous ajoutons que maintenant cela est bien connu pour faux et ridicule; le plus instructif de ce passage est l’orthographe usitée à cette époque avec des altérations remarquables du texte même: par exemple l’hébreu porte lamd et non pas labd; mais, à cette époque, les hommes de la trempe d’Eusèbe, fascinés d’une seule idée, n’y regardaient pas de si près.
D’autre part, nous savons très-bien que dans le vieil alfabet grec, le ouan avait laissé sa trace dans Episemon bau, le Qoƒ dans Episemon qoppa, le sade dans Sampi, qui tous trois ont été conservés pour chiffres. Les Coptes ont gardé cet ordre. (Voy. Walton, Prolégomènes, § 8, page 8, chap. 2). Enfin, ajoutez que, dans tous les mots de deux syllabes, Eusèbe n’offre point le c ou tcheva que l’on voit aujourd’hui; ce qui prouve l’addition qu’en ont faite les rabbins depuis l’an 325, où il écrivit; il dit: alph pour aleph, delth pour dalet, labd pour lamed, samch pour samech.
[F4] Note pour la page 371.