Notes extraites de Briant Walton en ses Prolégomènes à la Bible polyglotte, page 53, § 30, col. première.
Les Juifs divisent la loi en deux branches, l’une loi écrite, l’autre loi orale, c’est-à-dire transmise de bouche en bouche; dans ce second cas elle est appelée Qabalah, c’est-à-dire reçue (par le disciple); au contraire, elle est appelée massoura (en latin tradita), c’est-à-dire transmise (par le maître, par le docteur.)
La différence principale entre ces deux branches est que qabalah se compose surtout de sens mystiques, d’acceptions allégoriques, données aux faits les plus naturels par des esprits rêveurs et visionnaires, et cela à une époque où ceux que l’on appelle païens furent assez généralement infatués de ce travers; les rabbins de cette secte ont acquis un si grand crédit, que, parmi les Juifs, on regarde comme niais celui qui ne sait et ne croit que la doctrine écrite. Cette doctrine pour eux est seulement une chandelle allumée à l’effet de trouver la pierre mystérieuse des sens cachés.
Les auteurs chrétiens qui ont le mieux traité de la qabalah sont Pic de la Mirandole, après lui Pierre Galatin (de arcanis catholicæ Veritatis, 1512), Sextus Cinensis, en sa Bibliothèque chrétienne, Bonfrerius et Serrarius.
D’après eux, la qabalah se divise en trois branches: une première est celle qui a existé avant notre ère, et encore un peu après elle; elle se compose de sens allégoriques, absolument dans le sens des disciples de Pythagore et de Platon; elle ne diffère en rien des interprétations mystiques de ceux des premiers Chrétiens, qui prétendirent que la loi de Moïse n’était qu’une figure de celle qu’ils introduisaient, et qui voulurent absolument trouver des sens cachés sous les sens littéraux les plus simples. Walton, page 53, colonne 1re, cite, à ce sujet, un passage remarquable de Grotius, duquel résulte que l’apôtre saint Paul doit être considéré comme le chef de cette branche judéo-chrétienne.
(Il résulte de ces faits qu’il y avait dans l’Asie occidentale une doctrine intérieure comme on l’a retrouvée de nos jours dans l’Asie orientale, chez les sectateurs de Boudga et de Brama; il est extrêmement probable que ce sont les allégories mythologiques qui ont donné lieu en première instance à cette manière d’alambiquer et de subtiliser les choses naturelles.)
La seconde branche de la qabalah est purement la pratique de la magie, au moyen des vertus et forces supposées inhérentes à certaines paroles. Les Juifs expriment par ce moyen tous les miracles des Chrétiens. (Les anciens Chrétiens expliquaient de même tous les miracles et prodiges des païens. L’ancien monde a été généralement infatué de cette croyance à la magie. Voy. Apulée, en son Ane d’or.)
La troisième branche, qui est la plus moderne, consiste à tirer des divinations et des horoscopes au moyen de la combinaison fortuite des lettres et des mots de la loi. (C’est une pure folie d’ignorance dont le pendant se trouve encore de nos jours dans toute l’Europe.)
Le même Walton, Prolégomène 8, page 44. La masωrah, qui est l’autre branche de science, a pour radical le mot masar, signifiant transmettre. Par massore et massorète, il faut entendre une succession d’hommes studieux qui ont fait, sur les livres écrits, des remarques très-souvent minutieuses et superstitieuses, mais quelquefois utiles sur les variantes des manuscrits: leurs notes, transmises de main en main, ont fini par former une espèce de code; sous ce point de vue, on peut dire que la massore a commencé peu après Ezdras, dont l’exemplaire, d’abord unique, puis perdu avec le laps du temps, a fourni des copies dans lesquelles s’introduisirent nécessairement des fautes par l’inadvertance des scribes. Les persécutions d’Antiochus ayant détruit beaucoup de ces manuscrits, il dut en être refait une édition sous les Asmonéens, et c’est à cette époque et aux procédés qui furent employés pour cette opération que l’on doit attribuer plusieurs graves différences de la version grecque et du texte hébreu.
Parmi les notes marginales que les rabbins apposèrent sur leurs manuscrits, l’on en reconnaît deux de très-haute antiquité: l’une dite keri ou plutôt qori, qui signifie lu ou lisez; l’autre ketib, qui signifie écrit, et qui avertit qu’on doit lire de telle ou telle autre manière. Walton n’admet leur existence que peu avant le Talmud, c’est-à-dire vers le début de notre ère.