L’une des grandes opérations des massorètes a été de faire le compte des versets, des mots, des lettres de chaque livre et de leur totalité; ils ont compté combien de mots commencent par la lettre sade ou finissent par la lettre t, etc., etc. Avec un détail aussi vaste qu’inutile, ce chapitre de Walton est curieux. La somme totale des livres est de 815,280 lettres, sauf les contestations de quelques rabbins qui en comptent quelques-unes de plus ou de moins; la lettre ω est la plus répétée: elle se compte 76,922 fois; la lettre θ est la moins nombreuse, 1,152 fois; puis la lettre sameck, 13,580; puis šen, 32,148 fois; puis sad, 21,822 fois, etc., etc.

[F5] Note pour la page 373, ligne 1.

Sur les livres conservés par les Juifs établis en Chine.

Divers monumens chinois, cités par les missionnaires jésuites, déclarent, les uns, que les Juifs parurent en Chine (pour la première fois) vers la fin de la dynastie des Tcheou, vers l’an 224 avant notre ère; les autres, que ce fut seulement vers l’an 73 de notre ère, un an après la ruine de Jérusalem par Titus.

La première de ces dates (224) répond au règne d’Antiochus, dit le Grand, qui fut le sixième des rois grecs, successeurs d’Alexandre en Syrie et en Judée; il serait naturel et probable que les Juifs, persécutés par ces princes, eussent cherché un asyle d’abord dans la Perse, où ils avaient conservé des relations depuis la captivité de Babylone, et que, de là ensuite, ils se fussent portés jusqu’aux provinces orientales de la Chine où on les signale; mais il ne reste pas de traces directes de cette ancienne colonie: l’on voit seulement à diverses époques subséquentes les Juifs mentionnés de manière à faire penser que depuis lors ils n’ont cessé d’exister en cet empire, et d’y avoir leurs synagogues et leurs livres, sinon tels, du moins semblables à ce que les jésuites y ont trouvé dans le dix-septième siècle.

La relation[199] de deux voyageurs mahométans en Chine, entre les années 851, et 877, parlant d’un massacre terrible qui fut fait dans la ville de Caï-fond-fou, mentionne expressément les Juifs comme y ayant été compris avec les Mahométans et les Chrétiens: puisque ces Juifs furent en nombre, l’on peut assurer qu’ils eurent une synagogue et tout ce qui en est inséparable, c’est-à-dire la loi de Moïse et les livres qui lui sont habituellement joints. M. de Sacy, dans un mémoire inséré tome 4 des Manuscrits orientaux, page 592, passe en revue diverses dates où ces Juifs sont cités depuis le onzième et le douzième siècle; il cite plusieurs particularités mentionnées par les jésuites au sujet de leurs livres; il en résulte que ces livres ont essuyé de très-fâcheux accidens d’inondations et d’incendies qui en ont détruit une partie et endommagé l’autre: que l’un des manuscrits est venu de la main d’un mahométan qui dut le tenir (s’il ne l’apporta lui-même) des pays d’Occident; que l’écriture de tous ces manuscrits est du genre chaldaïque sans aucune idée ni mention du samaritain: par conséquent, dussent-ils venir de la colonie de l’an 224, on doit les regarder comme ayant celui d’Ezdras pour type primitif; il est très-fâcheux que des corrections modernes les aient altérés, et que nous n’ayons pas les copies des premières dates.

[199] Traduite de l’arabe par Eusèbe Renaudot, in-8o.

L’état de ces Juifs peut nous faire juger de ce qu’ils ont été dans les divers pays de notre occident pendant les siècles de guerres et de barbarie; leur ignorance est profonde; ils conservent leurs livres, mais ils ne les comprennent point. Leurs riches et leurs docteurs ne portent aucun zèle, ni à les étudier ni à les transcrire; ils ont tellement pris les mœurs et l’accent chinois, qu’ils ne peuvent prononcer plusieurs lettres essentielles à l’hébreu: ils disent Tavit pour David; ïalemeiohang pour ïeremiah, etc. Walton, citant l’autorité d’un jésuite[200], dit qu’ils ne se donnent point le nom de Juifs, mais qu’ils s’appellent seulement Israël; cela indiquerait une assez grande antiquité; il ajoute d’abord qu’ils n’avaient point ouï parler de Jésus ni de chrétiens; cela ne prouverait pas du tout qu’ils fussent partis de l’occident avant notre ère; car, n’ayant d’autre livre que la Bible, ils n’ont eu ni intérêt ni moyen de garder le souvenir de leurs ennemis. M. de Sacy observe qu’ils ont divers mots persans, cela prouve seulement qu’ils ont eu avec la Perse des rapports de commerce qui peuvent être assez récens.

[200] Prolégomènes.

[F6]Note pour la page 374.