Je ne vois l’aspiration forte usitée en Europe que par les Florentins, qui prononcent de cette manière le c dur des autres Italiens: ainsi, tandis que ceux-ci disent casa, core, cavallo, etc., les Florentins disent hasa, hore, havallo[33], avec une aspiration ferme, que l’on ne retrouve que chez les Arabes, dans la sixième lettre de leur alfabet. Il est probable cependant que dans l’ancien allemand cette prononciation eut son énergie.

[33] N’est-ce pas la même permutation qui se retrouve dans l’ancien gothique haus, une maison, et le latin casa?

La nuance faible, peinte par h, est connue dans toute l’Europe, mais presque inusitée en Italie: elle décroît sensiblement en France, où de jour en jour on prononce moins l’h, et où l’on est prêt à dire du fromage d’Ollande au lieu de Hollande. Sans doute l’homme, amolli en se civilisant, trouve pénibles et inutiles ces efforts de poumons que les passions vives et les besoins violens inspirent à l’homme sauvage ou rustique.

Des grammairiens anciens et modernes ont quelquefois mis en question de savoir si l’aspiration était une voyelle ou une consonne, si son signe était une lettre digne de tenir place dans l’alfabet. Ces arguties sont décidées par le fait, puisqu’en Asie, comme nous le verrons, un usage ancien et général donne aux aspirations toutes les fonctions de consonnes: au reste il est singulier, tandis que les uns veulent chasser h, de voir les autres l’employer partout sans besoin: car il n’existe aucune aspiration dans toutes les combinaisons de ch, gh, sh, th, ph, usitées dans nos langues modernes. Nous ne saurions assurer la même chose du ch, que les Latins ont écrit pour l’X grec: il paraît certain qu’ils ne l’ont point prononcé comme nous faisons dans charmant, chercher: mais il est douteux qu’ils l’aient prononcé comme nous Français dans charitas, dans archontes (caritas, arcontes): il ne serait pas déraisonnable de penser qu’il y a eu ici une division des deux lettres qui, en rendant sensible l’aspiration, aurait produit ark-hontes, k-haritas, pour imiter un peu l’aspiration dure de l’χ grec[34].

[34] L’ancienne écriture michi pour mihi, nichil pour nihil, favorise cette opinion.

De leur côté les Grecs, qui n’ont point eu la véritable aspiration dure des Florentins et des Arabes, lui ont de tout temps substitué leur χ (jota), qui a l’inconvénient de faire de graves contre-sens en arabe; car ɦaraq, par ɦa, signifie il a brûlé; par χ, χaraq, il a percé; ɦabar signifie il a embelli; χabar, il a appris, etc.[35].

[35] D’après cette règle, le mot grec χρυσὸς (or) serait synonyme à horos (par h dur et par sâd), qui en phénico-hébreu signifie or; et à hors (par h dur), qui signifie soleil; mais pourquoi en anglais horse signifie-t-il cheval? Ne serait-ce pas parce que le mot anglais serait d’origine ou de parenté persane, comme mille autres? Or, chez les anciens Persans, le cheval fut l’emblème spécial du soleil. Zoroastre appelle sans cesse le soleil coursier vigoureux.

TABLEAU GÉNÉRAL
DES CONSONNES USITÉES EN EUROPE.