Les fonctions du hamza ne sont guère relatives qu’à la lettre alef; il avertit qu’elle est mobile, c’est-à-dire susceptible d’être changée par toute motion survenante. Quelquefois les copistes se permettent d’écrire hamza pour alef même, par exemple: supposant le signe (”) valoir hamza, ils écrivent D”B au lieu de DAB: GÏ” au lieu de GÏA: Sω” au lieu de SωA: ïeS”aL au lieu de ïeSAL, etc.
Ce dernier exemple a ceci de remarquable, que le djazm, appliqué à l’s’, produit l’effet de hamza même; c’est-à-dire qu’il arrête subitement la voix en sorte qu’il faut épeler non pas ïe-sal, mais ïes-al; la même chose a lieu dans le mot qor’an, et partout où la consonne djezmée est suivie d’une voyelle.
Hamza suit encore alef sous ses formes de ou et de i, c’est-à-dire lorsque ces deux voyelles remplacent A, par exemple: dans mω”men, Gi”la: son mérite alors est d’avertir que A radical est caché là: ce mérite sera facile à conserver dans mon système d’écriture européenne, en donnant au hamza une figure convenue: je viens de proposer celle du guillemet renversé (”).
Il ne nous reste plus à discuter que deux derniers signes appelés wasl et madda.
Le mot wasl signifie jonction; il a pour signe un trait courbe qui se place sur Alef commençant un mot (ٱ): ce trait avertit que la voyelle finale du mot précédent va tuer Alef, pour se joindre à la lettre qui le suit, et se prononcer avec elle, par exemple: on a écrit Raïtoú, Abna Ka: le trait wasl, en se posant sur A, ordonne de lire Rait ů bna Ka: on a écrit abnu-al-maleki; le wasl ordonne de lire abn-u-lmaleki.
Par conséquent, c’est comme si, en français, ayant écrit: la joie et l’espérance ont enivré son âme; on imaginait des signes pour faire lire la joy et l’espéran’ son tanyvré so nâme. Assurément de telles précautions seraient un abus ridicule et très-onéreux pour le lecteur; j’ajoute très-inutile dans l’une comme dans l’autre langue; car si le disciple ne veut qu’expliquer le sens à la manière des savans d’Europe, ces subtilités d’orthographe ne lui servent à rien; si, au contraire, il veut parler selon l’usage vulgaire, toutes ces règles lui sont superflues, car on n’acquiert cet usage que par la pratique auriculaire: en aucun pays arabe on n’entendrait un homme qui dirait comme nos érudits de Paris: raïtubna ka, ibnůlmaliki, ïaqwlů zan, ihdiniyossirâta nimatiya ’llati: je puis attester que dans toute l’Égypte et la Syrie on dit à la française, rait ebnak; ebn-el malek; iaqwl aïzen; ehdini el serât, ou bien es-serât, nemati ellati, etc. J’ajoute que cette prononciation d’A ou de E en i est entièrement turke; qu’aucun pur Arabe ne dit, ibn, il melïki; ni b’ism illah irrahmani, ihdina, etc. Mais bien clairement à la française, b’esm, ellah errahmân; ehdi-na, etc.
L’abus du wasl est porté au point de l’écrire sur Alef, alors même qu’il ouvre une phrase, un alinéa, ou qu’il est précédé d’un mot terminé par une consonne sans action sur Alef. Pour montrer tout l’imbroglio de cette orthographe, je veux épeler, à la manière arabe, quelques mots, en nommant tous leurs signes tant négatifs que positifs: par exemple, le mot oktob (écris), un Arabe épélera:
Alef plus domma fait o, plus hamza, plus kef, djezm, Te, domma, Bé, djezm: voilà dix signes pour écrire un mot que notre méthode rend très-bien en cinq lettres, oktob: on voit toute la supériorité du système européen en clarté et simplicité: sa construction dispense de l’échafaudage de toutes ces règles positives et négatives qui fatiguent l’étudiant[63], et de plus elle nous permet de remplacer par des signes équivalens ce qu’elles peuvent avoir d’utile: voyons le madda ( ٓ ).
[63] L’auteur de la Grammaire arabe, page 62, no 140, dit positivement: «Dans les livres imprimés, et même dans les manuscrits avec voyelles, on omet souvent medda, wesla, hamza, sans qu’il en résulte aucune difficulté réelle pour la lecture.»
Ce mot signifie extension ou prolongation: le signe est un trait semblable à celui que les Espagnols mettent sur l’ñ: son emploi est encore relatif et presque exclusif à l’alef: comme il arrive en certains cas que deux alef doivent se suivre, l’un radical et l’autre mobile, le signe madda, placé sur un seul, dispense d’écrire l’autre: par exemple, on devrait écrire samaa (le ciel), on écrit samã; on devrait écrire aamanna, aakelωn, on écrit ãmanna, ãkelωn; par conséquent madda est une véritable abréviation, dont nous avons l’exemple dans nos anciens manuscrits, et dans les premiers imprimés de l’Europe: je néglige ses autres règles tout-à-fait insignifiantes.