Nous avons vu tout ce qui concerne les voyelles arabes: nous avons prouvé qu’elles sont de même nature que les nôtres européennes, mais que leur système représentatif est beaucoup plus compliqué par suite des bases vicieuses de l’antique alfabet. J’allais oublier de parler de trois signes assez peu signifians, appelés tanouin, par les Arabes, et nunnations, par nos grammairiens. Ce sont les figures de nos trois prononciations, an, on, in, que les Arabes placent, ou plutôt ont jadis placées à la fin des mots en certains cas, pour montrer qu’ils sont dans un état de régime: l’on ne peut pas dire que ces trois finales soient nos voyelles nasales, puisque les Arabes font sonner la consonne n, d’une manière sensible à l’oreille, encore qu’ils y mettent du nasillement: ce n’est pas que dans leur prononciation générale il n’y ait certains cas où l’on puisse leur citer de vrais nasalemens comme les nôtres; mais ces cas résultent de la rencontre de certaines consonnes qui rendent l’n sourd, et comme ce cas est commun à toutes les langues, l’on ne peut les noter d’exception.

Pour figurer ces trois finales an, on, in, les Arabes ont imaginé de doubler le signe de la voyelle ou motion qui compose chacune d’elles, comme si nous redoublions aa, oo, ii.

L’usage de ces signes et de ces prononciations paraît avoir été fréquent dans l’ancien arabe, et y avoir eu pour but d’exprimer le nominatif, l’accusatif et l’ablatif, ou datif indéfini, comme chez les Grecs os et on; et chez les Latins am, um: les Arabes modernes ne s’en servant presque plus, ces figures deviennent peu utiles, et cependant il nous sera facile de les représenter dans notre Alfabet Européen. Il suffira de graver trois poinçons dans lesquels an, on, in, formés en italiques, seront liés d’une manière particulière, qui les distinguera toujours de tous autres a et n alfabétiques, lesquels seront constamment séparés, sans compter qu’alors la consonne n sera toujours en caractères romains. Passons à l’examen des consonnes.


Le lecteur est prié de tenir sous ses yeux le tableau de correspondance, no V, et de se rappeler que le ſ n’est pas s vulgaire, mais chin, etc.


CHAPITRE V.


§ Ier.
Des Consonnes arabes.