[69] Ou Méthode nouvelle et facile d’apprendre les langues arabe, persane et turke, avec des caractères européens. Paris, in-8o.

Pour exprimer la quatrième lettre arabe, le th anglais dur, M. Langlès écrit ou : voilà deux valeurs dissemblables entre elles, et qui ne peignent point le th anglais; de plus, comme il peint quelquefois l’s commun par ç, lorsqu’un t naturel précédera, il y aura équivoque (par exemple matsωĕ, formé de tesă, 9, ou de ţă, (vomir); j’en dis autant de DS pour exprimer le zal arabe (no 9), ou th doux anglais; j’ajoute que l’union d’une consonne faible comme D, à une consonne forte comme S, est un contre-sens d’harmonie et d’organe; et ce ta, pour peindre le za emphatique, que signifie-t-il?

Cette idée de peindre des sons étrangers, inconnus, par des combinaisons de lettres déjà connues, a été si bien combattue et réfutée par l’honorable sir Williams Jones, qu’il est étonnant de voir l’un de ses admirateurs y revenir et y persister[70]: il est de vérité algébrique qu’un son étranger à une langue ne peut y être figuré que par un signe nouveau et conventionnel, lequel doit se prononcer comme son type, mais se prononce mal, tant que ce type n’est pas connu.

[70] Voyez le tome premier des Recherches Asiatiques, traduites de l’anglais en français, par La Baume, sous la direction de M. Langlès.—Paris, 1805. On a voulu faire de cette utile collection un livre de luxe; et pour deux volumes seulement, on a dépensé trente mille francs, qui eussent suffi à imprimer tout l’ouvrage, qui est resté là.

Maintenant que signifie cet h, ajouté à K, à D, à T, à G, (kh, dh, th, gh)? y a-t-il aspiration dans ces lettres? pas du tout: mais ce pauvre h, comme personnage insignifiant, est employé à tout rôle.

M. Langlès figure l’aïn par une simple apostrophe, comme si cette prononciation n’avait pas d’existence réelle: certes il ne penserait pas de même s’il eût entendu les Arabes chanter abou’el ŏiωn el sωd: ou bien el ảaſeq nafs-oh maksoura.

Pour le ωaω arabe, il propose notre v: quelle bouche arabe a jamais prononcé cette consonne turke? cela ne s’entend qu’à Paris, où l’on dit aussi à la turke: bism illah ir’rahman ihdina issirat il mistaqim, au lieu de l’arabe b’esm ellah el raɦman el raɦim ehđi na el serat el mestaqim. De l’arabe dans la bouche d’un Turk! c’est comme si les mots français, Voulez-vous venir à Paris? étaient prononcés, Vulez-vu vinir è Péris[71]?

[71] Comment cela serait-il autrement? Les Turks, par suite de leur puissance politique, ont pris la prépondérance dans l’instruction asiatique: des effendis turks régissent les écoles arabes, même dans la grande ville du Kaire. Pour avoir à Paris quelque lettré arabe, il faudrait des soins particuliers, et surtout il faudrait établir des concours: le gouvernement français, qui en cette branche ne voit que par des yeux subalternes, suit leur routine partiale; aussi la fabrique des interprètes est-elle en complète décadence, surtout depuis que l’on y a fait une dernière épuration.

L’auteur de la note admet pour peindre Qâf, l’emploi de notre lettre q sans u: et lorsque, dans mon Voyage en Syrie, j’en montrai le premier exemple, nos orientalistes crièrent au scandale.

Il peint l’aspiration faible par un h, et la forte par deux hh; mais quand il arrivera que l’un suivra l’autre, ou qu’ils seront précédés de kh, de dh, de th, nous aurons donc une file de trois ou quatre h; le même vice a lieu pour son sad, peint ss, quand cette lettre sera précédée de ds.