Le no 7, qui est jota espagnol, ch allemand, est plus difficile à tracer: nos alfabets français, italien, anglais, n’ont pas d’équivalent: nous ne pouvons employer le grand j, parce qu’il sert à notre neuvième classe, dans la consonne ja: il faudrait une lettre nouvelle; mais nous avons un moyen d’éviter ce désagrément: nos principes rendent inutiles dans tous les alfabets européens la lettre X parce qu’elle a le vice de représenter deux et même quatre consonnes; car tantôt elle vaut ks, comme dans Saxe, fixe, que l’on devrait écrire Sakse; fikse; tantôt gz (mineures ou faibles de ks), comme dans examen, exercice, que l’on devrait écrire egzamen, egzercice; cette lettre X se trouvant supprimée de droit, nous pouvons la rendre utile; et puisqu’en sa fonction ancienne et primitive dans l’alfabet grec, elle eut précisément la même valeur que notre lettre arabe, no 7, il m’a semblé naturel et possible de la réintégrer dans ses droits, en convenant avec le lecteur que dans notre alfabet arabico-européen, elle aura l’invariable valeur du jota espagnol: si le lecteur ne connaît pas cette valeur, il est instamment prié de ne point retomber dans l’habitude du ksé, ou gz, pour X, mais de le prononcer plutôt k, et de dire kota, au lieu de ksota; c’est afin de lui rappeler cette convention que j’ai introduit l’χ grec d’une forme particulière, au lieu de notre x ordinaire, qui eût été plus gracieux, mais qui pourra se rétablir sitôt qu’on le voudra.

Vient l’aspiration forte: pour la peindre j’emprunte le signe de la faible h; mais afin de les distinguer, j’attache à celle-ci un petit trait qui avertira toujours qu’elle est la lettre, no 6, de l’alfabet arabe, équivalente au ca florentin: nous l’appellerons hache dur ou grand hache (ɦa).

Le petit h arabe lui-même a exigé une modification de forme pour exprimer un état particulier qu’il prend assez souvent à la fin des mots: au lieu d’y être aspiré, il se prononce t: ainsi, au lieu de marráh ωaɦedah, on dit marrat ωaɦedat. Les arabes spécifient ce changement, en posant deux points sur leur : mais cette multitude de points en notre écriture ayant l’inconvénient de papilloter aux yeux, j’ai préféré la forme nouvelle h, qui ne choque pas les yeux, et qui de l’h éteint, fait le t prononcé.

Maintenant j’ai à peindre la lettre du grasseyement dur, dite ghaïn: je ne puis lui conserver l’h que lui a donné l’usage: je ne puis non plus employer notre g vulgaire, qui n’exprimerait pas sa valeur: il faut encore une lettre de convention: la commission arabique de 1803, en adoptant le g, l’avait distingué par une barre transversale: comme cette barre, désagréable à l’œil, a des inconvéniens dans l’écriture et dans l’imprimé, j’ai trouvé préférable de donner la forme ci-jointe, que l’habile artiste a trouvée commode, (ģ).

Si l’on avait un besoin exprès de peindre le grasseyement doux, et que l’on ne voulût pas accepter le gamma grec, un trait sur celui-ci ferait la différence.

La cinquième lettre, appelée djim ou guim, a été difficultueuse: il fallait éviter l’équivoque des g dur ou mouillé, dont j’ai parlé. J’ai choisi un ɠ italique, en lui donnant un appendice qui l’appropriera à la lettre arabe, et qui avertissant le lecteur par une forme spéciale, le laissera libre de prononcer djé, ou gué, selon l’usage du pays, (ɠ).

Une lettre plus embarrassante encore a été la lettre chin, sur laquelle tous les alfabets européens sont en discord: il est indispensable de lui attribuer un seul signe, et la difficulté est de le faire accepter unanimement; les anciens Grecs et Latins ayant presque toujours exprimé cette consonne par s, j’ai cru que le meilleur parti était d’accepter cette lettre, telle qu’on s’en servait ci-devant dans l’imprimerie, c’est-à-dire le ſ allongé hors de ligne, qui restera affecté au ch français, au sh anglais, au sch allemand, etc.

L’emploi de la lettre Q, pour le Qâf arabe sans lui ajouter l’u, est une chose si naturelle et si commode, qu’il est étonnant qu’on ne l’ait pas adopté plutôt[74]: d’ailleurs on peut dire que la figure est la même avec la seule différence que le Q romain est tourné dans un sens tandis que le qâf est tourné dans l’autre: et l’on donne un emploi utile à une lettre qui sans cela n’en aurait plus.

[74] Je croyais l’avoir imaginé le premier, mais en ces derniers temps, je l’ai trouvée dans la grammaire de George Amira.

De ces détails résulte le tableau total des consonnes arabes, exprimé comme on le voit dans le tableau ci-joint (voyez le tableau, no V): les voyelles vont être un peu plus minutieuses à régler.