§ III.
Transcription des Voyelles arabes.

Je pose d’abord nos trois voyelles européennes, grand a, grand ï, grand ou, ω, comme identiques à l’alef, au ïa, et au ωaω.

Pour distinguer ensuite les trois petites voyelles qui leur correspondent et qui en sont les mineures, voici les règles que je propose.

Alef, ou grand a, sera toujours peint par a romain: fatha, ou petit a, par a italique.

Grand i, sera peint par I romain, soit tréma, soit circonflexe ï, î: le kesré, ou petit i, sera peint tantôt par i italique, tantôt par e italique aussi, selon qu’il sonne dans l’arabe même. Je n’emploie point l’y, parce que, outre son inutilité, dans le cas présent, c’est trop le détourner de son ancienne valeur, qui, chez les Grecs et les Latins, fut notre u français, ou notre ou très-bref. La preuve en est dans les mots arabes sour écrit Tyr: baîrout, écrit Bêryt; dans les mots romains Romulus, écrit par Plutarque Romylos; Valerius, écrit par Polybe et Eusèbe, Oyalerios. On pourrait citer nombre d’autres exemples.

Nos arabistes veulent écrire Yemen: je demande s’il n’est pas aussi bien exprimé par Ïemen.

Grand ou sera toujours peint par ω.

Domma, ou petit ou, tantôt par ů valant ou bref, tantôt par o italique, selon qu’il sonne dans l’arabe même. En certains lieux, par exemple Alep, le domma sonne souvent comme notre eu: mais du moment que nous lui donnons un signe propre, on sera libre de lui donner la valeur qui est usitée. Nous avons vu, ci-devant, que alef, souligné de kesré ou i bref, se prononçait souvent é, comme dans les mots el esm, émir, eslam: pour éviter de confondre cet é avec celui du kesré, je propose le signe æ italique, que l’on prononce dans presque toute l’Europe é, ou bien le a renversé (ɐ), qui par cas heureux est une sorte de e, tout-à-fait bien adapté au besoin de cette circonstance.

Alef, frappé de domma, ou petit o, sonne quelquefois comme notre o moyen, par exemple, dans omam (les nations), omm (mère), omol (espère); je rends cet état par le signe ō.

Grand i, frappé de fatha, ou petit a, se prononce comme notre ê, dans être, ou notre ai dans maître. Il est intéressant de conserver cette forme ai, parce que souvent le mot où elle se trouve au singulier, fait son pluriel en la retournant; par exemple, dair (une maison), fait au pluriel diar (les maisons), bairaq (un drapeau), fait au pluriel biareq (les drapeaux): nos principes ne permettent pas de donner deux signes au son simple ai; mais j’ai pensé que l’on pouvait, par cas particulier, sauver ici cet inconvénient, en liant l’a italique à l’i romain, par un poinçon particulier.