L’Arabe a quelquefois la bizarrerie de prononcer a sur i; par exemple, il écrit rami, et prononce rama, par la raison que i est frappé de fatha; pour exprimer cet état particulier, je propose le signe ä, qui fut agréé par la commission.

Grand ou, frappé du domma (ou petit ou), vaut notre français: pour corriger le vice de deux lettres, pour sauver l’équivoque de u, que les étrangers prononcent ou, et pour éviter que le double w anglais fût prononcé à la manière allemande, j’ai cru nécessaire d’introduire le signe ω, qui ne choquera point les yeux accoutumés au grec, et qui est presque la réunion des deux oo anglais: l’usage fera sentir la commodité de ce signe.

Ce ωaω frappé de fatha, sonne quelquefois comme notre ô profond; par exemple dans les mots arabes ṣoṯ (la voix), ſôq (le désir): il semblerait qu’on dût l’écrire tel qu’on le voit; mais parce que le pluriel de ces mots fait reparaître l’a caché, et que l’on dit asωat (les voix), aſωaq (les désirs), il a été utile de garder une trace de cet a, et j’ai tâché de remplir ce but par la figure ῶ, qui maintient l’unité, et qui s’autorise d’exemples semblables chez les Allemands.

Maintenant nous avons les trois formes de la prononciation gutturale aïn, dont nous avons parlé ci-devant: les trois voyelles qui en résultent sont tout-à-fait particulières aux Arabes; mais, comme les Turks et les Persans, en adoptant leurs figures alfabétiques, ne leur ont point gardé leur valeur gutturale, et qu’ils les prononcent simplement comme les voyelles communes auxquelles elles correspondent, il m’a semblé convenable d’en user ici comme pour les quatre emphatiques, c’est-à-dire d’attacher seulement un petit signe spécial à nos voyelles analogues. En conséquence,

je peins l’aïnfrappé de fatha, par ă,
frappé de kesré, par ĕ,
frappé de domma, par ŏ.

J’ai dit que ce dernier sonne dans la bouche des Arabes, presque comme notre eu, dans cœur, peur: dans tous les cas, il suffit que ce signe soit affecté à cette forme, pour être prononcé suivant l’usage du pays.

Il nous reste à tenir compte des notes orthographiques: celle du doublement (taſdid), nous est inutile, puisque dans le système européen, la lettre s’écrit double quand la prononciation le demande: cependant la méthode arabe ne laisse pas d’avoir quelque mérite, elle économise beaucoup de place, et je serais d’avis de lui donner un équivalent.

Le djazm est nécessaire à conserver; nous le remplaçons très-bien par l’apostrophe, qui, comme lui, avertira que la voix est coupée: par exemple, dans le mot fat’ɦa, il avertit de ne pas prononcer t’ɦa d’un seul temps, mais de faire sentir l’ɦ séparément de t, comme s’il y avait un rapide e muet interposé, fate-ɦa; c’est le cas du point-voyelle juif, scheva.

D’autre part, la nécessité de ce signe et de cette coupure de voix se fait sentir dans la conjugaison de certains verbes, par suite des principes constitutifs mêmes de la langue.

En effet, dans l’arabe, il est de principe général, comme je l’ai dit plus haut, que le mot radical, lequel est la troisième personne masculine singulière du passé ou prétérit, soit composé de trois syllabes, et que chacune de ces syllabes soit prononcée en a, par exemple, KaTaBa, il a écrit; NaSaLa, il est sorti, etc.; pour convertir ce radical en indicatif présent, on le modifie, et l’on dit, ïaKToBo, ou ïaKTůBů. Ici l’on voit la première consonne K, privée de sa voyelle, et T, B, se prononcer en u, o: dans nos formes européennes, nous n’avons pas besoin de djazmer, c’est-à-dire de noter l’arrêt de ce K: nous supprimons la voyelle, et le but est rempli; mais si, comme il arrive en bien des cas, une ou même deux ou trois syllabes du radical se trouvent être une grande voyelle, comme a, o, ou, ăin, il en résulte des règles particulières pour la manière de conjuguer: par exemple, dans le verbe SaALa (il a interrogé), nous avons nos trois syllabes radicales S, pour première, A, pour seconde, L, pour troisième: maintenant, afin de les tourner à l’indicatif présent, il nous faut priver S de son a ou fat’ɦa; mais alors, si l’on dit IaSaLo, cette privation n’est point sentie, parce que alef se trouve là pour la masquer; l’écriture arabe a imaginé son djazm, pour la faire sentir; nous remplirons parfaitement son objet en in traduisant notre apostrophe IaS’aLo; pour bien le prononcer, il suffira de l’avoir entendu d’un maître.