C’est encore par suite du principe des trois syllabes, ou temps de voix, prononcés en a, dans le radical, que la voyelle ï se trouvant quelquefois former la troisième syllabe, ou temps de voix, on est forcé de la prononcer en a, quoiqu’elle soit écrite i: par exemple RaMA, il a jeté; iaRMI, il jette; NaSA, il a oublié; iaNSI, il oublie: l’arabe écrit RaMi, NaSi, mais l’application du fat’ɦa, ou petit a, avertit de dire RaMA, NaSA. La commission de 1803 adopta l’a frappé de deux points (ä) pour figurer cet état, et je le conserve. En d’autres circonstances, il arrive que la seconde syllabe est formée de aïn, par exemple QaăDa, il s’est assis; en le tournant à l’indicatif présent, iaQ’ŏdo, il s’assied. Là on voit l’application des deux règles, l’une du djazm, après le Q’, l’autre du domma, au lieu de fat’ɦa, convertissant l’aïn en notre véritable ŏ guttural: la simplicité comme l’efficacité de ma méthode se rend de plus en plus sensible.
Il est difficile de penser qu’un langage ainsi combiné dans ses bases ait été composé par des sauvages errans dans le désert, par des Bédouins nomades: tout dans ce système d’organisation annonce un état de société riche d’idées, par conséquent ayant pour base un sol fécond, qui a suscité, et qui entretient une population progressivement industrieuse: je pourrai par la suite examiner les conséquences de cette idée-mère: en ce moment, je me borne à remarquer que la voyelle dans le radical figure à l’instar de la consonne, c’est-à-dire qu’elle y tient lieu de syllabe complète, comme si les inventeurs eussent cru que l’un et l’autre fussent une même chose.
Le hamza, qui ne s’applique qu’au grand a, ou alef, se remplace facilement, comme nous l’avons vu, par le signe ”. Le point essentiel est d’avoir bien saisi d’une bouche arabe la vraie valeur du son ainsi figuré.
Nous avons vu que wesla et madda sont réellement superflus, nous n’en tenons point compte.
Tout mon édifice orthographique se trouvant ainsi complété, je vais en rendre sensibles les effets, en le comparant avec la méthode vulgaire, dont j’ai parlé ci-dessus. Le lecteur jugera par lui-même combien ma méthode est préférable aux routines suivies jusqu’à ce jour.
Je prends pour exemple le modèle de transcription qui se trouve à la page 65 de la grammaire de M. de Sacy, en regard à la page 64, où est écrit le texte arabe; cette transcription porte ces mots:
«Akh-bâ-rou a-bi dou-lâ-ma-ta wa-na-sa-bou-hou a-bou dou-lâ-ma-ta zan-dou ’b-nou ’l-djoûni wa-ac-tsa-rou ’n-nâ-si you-sah-hi-fou ’s-ma-hou.»
Voici mes remarques: d’abord le domma étant écrit absolument comme le waw à la fin des verbes, l’on ne peut distinguer le singulier du pluriel: par exemple, dans you-sah-hi-fou, si l’ou final est domma, c’est la troisième personne singulière, signifiant il a erré; si, au contraire, cet ou final est waw, c’est la troisième personne au pluriel: de même dans akh-bâ-rou, si ou est domma, c’est le substantif histoire, récit; s’il est waw, c’est le verbe à sa troisième personne du pluriel, ils ont appris.
2o De ce qu’une même lettre française en représente deux différentes en arabe, il résulte une seconde cause de méprise; par exemple, dans le mot you-sah-hi-f, on ne sait si c’est le verbe sahaf, par notre s et h européens, signifiant il a brûlé de soif; ou saɦaf, par l’aspiration florentine, signifiant il a rasé, il a taillé de la chair; ou ṣaɦaf, par ṣâd et grand ɦ, signifiant errer, se tromper: on voit ici l’inconvénient de la même figure h, représentant les deux aspirations: pour éviter cet inconvénient, M. Langlès, comme nous l’avons vu, peint la forte, par deux hh; dans sa méthode on écrirait yous-sahhhhifou.
Une troisième source d’embarras est de faire disparaître totalement des lettres radicales, par exemple, on lit you-sah-hi-fou ’s-ma-hou; l’arabe porte en toutes lettres youṣaɦifou Esma hou: E, figurant alef frappé de kesré, comment deviner un mot sous cette forme tronquée ’s-ma-hou? et cela sous le prétexte qu’en parlant, le ou dévore e: c’est comme si en français l’on écrivait el-accept-av’e-kindifférence (au lieu de, elle accepte avec indifférence): l’usage seul doit enseigner ces nuances de prononciation. C’est encore ainsi qu’en faisant disparaître l’article al ou el, on embrouille le texte gratuitement. L’arabe vulgaire écrit aktar-el-nas, et prononce aktar-en-nas; qui pourra le reconnaître dans ac-tsa-rou-n-na-si? laissez l’usage apprendre que l dans l’article al ou el s’élide par euphonie devant certaines lettres; mais laissez au lecteur un signe pour se reconnaître: d’ailleurs, combien est vicieuse cette manière de syllaber