De même le ك kef, se prononce chez les Bédouins comme le cz des Russes et des Polonais, c’est-à-dire presque comme notre tché, quoique plus doux: ainsi les Bédouins ne disent pas, comme les Égyptiens et les Syriens, kelb, un chien, mais tchelb ou tsielb.
Il nous reste à remarquer que sur ces vingt-huit lettres, quatre sont de véritables voyelles, savoir: a, i, ou et a guttural, ou ăïn; mais de plus, les Arabes emploient dans leur écriture d’autres signes qui, pour n’être pas compris dans l’alfabet, n’en sont pas moins des caractères alfabétiques, de véritables lettres voyelles, ainsi que nous allons le démontrer.
Et tels sont d’abord les trois signes appelés motions ou points-voyelles figurés َ , ِ , ُ ; ces signes, il est vrai, n’existent jamais seuls, et ils ne se montrent que comme des parasites, toujours attachés à d’autres lettres consonnes ou voyelles dont ils déterminent et modifient la prononciation, comme dans cet exemple بَ ba, بِ bi, bo بُ; mais si d’un côté ils n’existent que par d’autres lettres, il est certain d’une part que ces lettres, surtout les consonnes, ne peuvent se proférer sans eux, au point que l’absence des points-voyelles cause des équivoques qui ne se résolvent qu’en les retraçant. Rendons ceci plus sensible par la répétition de l’exemple déjà cité dans le discours préliminaire; nous y avons vu que les trois lettres k, t, b, forment un mot arabe écrit ainsi کتب: composé, comme il l’est, de trois consonnes, l’on ne peut le prononcer, il veut des voyelles; or, selon les signes-voyelles qu’on lui ajoutera, il prendra des sens différens ainsi qu’on le voit dans les mots suivans:
| کَتَب | katab, | il a écrit; |
| کُتِب | koteb, | il a été écrit; |
| کُتُب | kotob, | des livres; |
| کَتّب | kattab, | il a fait écrire: |
tous sens divers, déterminés seulement par les voyelles supplétives et sur-ajoutées, d’où il résulte plusieurs considérations remarquables.
Le première est que l’écriture arabe, telle qu’elle se pratique, c’est-à-dire, sans les points-voyelles, ne présente réellement que la moitié des mots; que leur squelette, auquel il faut ajouter les ligamens et les muscles; et cette addition de ce qui manque, en fait une divination perpétuelle qui constitue sa difficulté.
La seconde est que lorsque cette écriture est armée de tous ses signes et points accessoires, on peut dire qu’elle est écrite sur deux et même sur trois lignes, l’une composée des caractères majeurs et alfabétiques, et les deux autres composées des signes mineurs ou additionnels.
Or, comme cette distinction d’élémens qui sont réellement de même nature, est non-seulement inutile, mais encore défectueuse, ainsi qu’on le voit; il est bien plus simple de les faire tous rentrer dans une même ligne, et de rendre l’écriture une et complète[117].
[117] Il résulte encore de là que cette écriture est purement syllabique, et si l’on en recherche la raison, on la trouvera sans doute dans la définition que nous avons donnée de la consonne. Il paraît que les premiers grammairiens ayant remarqué comme nous, que la consonne emportait nécessairement avec elle sa voyelle, ils n’en firent qu’un tout, et qu’ils se contentèrent de peindre un seul signe représentatif des deux élémens.
La troisième est que les trois points-voyelles ont précisément le même son que les trois grandes voyelles de l’alfabet a, ï, ou, avec cette différence qu’ils ont brève la valeur que les grandes voyelles ont longue; ce qui est constaté 1o par l’oreille; car pour quiconque a écouté parler les Arabes et analysé leur système de prononciation, il est démontré que le premier point-voyelle appelé fatha َ a le son d’a bref; le second appelé kesré ِ a le son d’i bref, et le plus souvent d’é; et que le troisième appelé domma ُ a le son d’o et d’ou brefs; 2o par la figure même de ces trois points-voyelles; car il est évident à l’œil attentif que le domma ُ n’est que le diminutif de و, le fatha َ celui d’alef ا, et même le kesré ِ celui de l’ïé souvent rendu par ces traits non ponctués ﯩ د ی.