Il résulte de là que la langue arabe nous présente déjà au moins sept voyelles très-caractérisées, savoir, quatre lettres alfabétiques ou majeures:

اâ longs,
یï
وou
عaguttural;

et trois supplémentaires ou mineures:

َ abref,
ِ ibref,
ُ obref.

Et il est remarquable que cette distinction de longues et de brèves est très-sentie dans la prosodie et dans la cadence des vers arabes; ce qui établit un rapport sensible avec les voyelles longues et les voyelles brèves des Latins et des Grecs, qui, comme l’on sait, reçurent leurs alfabets de l’Asie, et qui ont conservé aux lettres un ordre et une dénomination très-rapprochés de l’arabe[118].

[118] L’alfabet grec est évidemment modelé sur le syriaque à vingt-deux lettres, dont les Arabes ont pris, comme l’on sait, jusqu’à la figure, et auquel ils ont ajouté quelques lettres très-faciles à reconnaître, puisqu’il n’ont fait qu’ajouter des points à celles qui existaient. Il est d’ailleurs remarquable que les Grecs ont aussi précisément sept voyelles, et qu’ils semblent avoir fait une opération analogue à celle que j’exécute aujourd’hui, en faisant rentrer tout ce qui était sous-entendu ou tracé dehors.

Mais ce n’est pas tout: ces mêmes points-voyelles appliqués aux voyelles majeures de l’alfabet, les modifient encore de manière qu’il en résulte de nouvelles voyelles, distinctes des unes et des autres, et formées à la manière de nos diphthongues: c’est ce que va rendre sensible le tableau suivant.

EXEMPLE.
1اَ vautâ.
2اِé.
3اُo.
4یَai ou ê.
5یِî.
6یُincompatible.
7وَou ô.
8وِincompatible.
9وُoû.
10عَả guttural.
11عِè guttural.
12عُo ou eû guttural.

Ce tableau analysé nous fournit cinq nouvelles voyelles, savoir:

Le no 2اِâ combiné avec i, que les Arabes prononcent exactement é.
4ىَa bref avec i, faisant ai ou ê, comme dans le français.
7وَa bref devant ou faisant ô long, précisément comme au français.
11عِảïn avec i bref faisant è guttural ouvert et aigu.
12عُảïn avec ou bref faisant o ou eu guttural.