13º Si un roi de France reconnaît à un prêtre quelconque le droit de le sacrer aujourd'hui, n'est-ce pas lui reconnaître aussi le droit d'en sacrer un autre demain, à l'imitation du prophète Samuel?
14º De quel droit un individu quelconque peut-il sacrer un roi de France? Ce droit vient-il de l'évêque de Rome? Le roi de France est donc le vassal d'un prince étranger. Ce droit est-il octroyé au prêtre par le roi lui-même? Le roi se donne donc des droits. Où les puise-t-il? Est-ce dans la loi? Par qui a-t-elle été faite? Est-ce par lui? est-ce par le peuple? La loi est-elle un consentement mutuel de ces deux pouvoirs? N'est-elle que la force militaire?—Prenez-y garde; hors la Charte, tout est remis en question; tout redevient précaire et danger.
15º Si un sacre est une affaire d'état, pourquoi cette affaire est-elle de pur arbitre? Si c'est une cérémonie d'amusement, pourquoi la faire payer au peuple plus qu'une partie de chasse? Si c'est une cérémonie de piété, pourquoi en faire plus de bruit que de laver les pieds des pauvres et de toucher les écrouelles?—Quand toute la morale de l'Évangile n'est qu'humilité et simplicité, pourquoi sa pratique n'est-elle que faste et dissipation?
Un digne et curieux appendice à cette histoire du prêtre Samuel, serait celle de son pupille le berger David devenu roi. Il y a quelques années qu'un essai de ce genre fut publié à Londres sous le titre de History of man according to God's own heart, «Histoire de l'homme selon le cœur de Dieu.» L'auteur a bien saisi le caractère de cet homme, et il ne faut que savoir lire sans préjugé le livre juif pour le bien connaître par le récit de ses actions; mais cet auteur anonyme n'a pas su, comme le nôtre ici, analyser et faire ressortir les motifs qui ont dirigé David dans la plupart de ses actions; c'est là le plus piquant intérêt de la chose: l'on y verrait l'un des plus rusés, des plus subtils machiavélistes de l'antiquité: l'on y verrait que l'ancienne Asie a connu et pratique l'art raffiné de la tyrannie, long-temps avant que la perverse Italie moderne en eût rédigé les préceptes. En fait de talents militaires, en astuce politique, il y a une ressemblance frappante entre l'Hébreu David et le Carthaginois Annibal, qui tous deux parlèrent la même langue, furent élevés dans les mêmes usages nationaux, et dans les mêmes principes de morale. Parmi les modernes, la meilleure copie du roi hébreu est le premier roi chrétien des Francs, Clovis, tel que vient de le peindre un poète dans une tragédie qui est un portrait historique.
Un autre tableau serait celui du fils adultérin de David, ce Salomon de si célèbre sagesse. Il est à remarquer que tout ce que des voyageurs dignes de foi nous ont fait connaître depuis quelque temps de l'administration du pacha d'Égypte Mehemed-Ali, se rapporte trait pour trait à ce que l'on nous raconte de celle de Salomon. Comme ce roi, le pacha turc a concentré en lui seul le commerce intérieur et extérieur de tout son peuple; lui seul achète et vend les blés, les riz, les sucres, toutes les denrées que produit l'Égypte; lui seul reçoit de l'étranger les cafés, les draps, les marchandises de tout genre, qu'il revend à son peuple. Il a, comme Salomon, un harem de plusieurs centaines de femmes, des écuries de plusieurs milliers de chevaux; de manière que, tout bien comparé, le pacha Mehemed-Ali est un Salomon, ou Salomon fut un pacha Mehemed-Ali. Nos voyageurs ajoutent que depuis long-temps le peuple d'Égypte n'avait été plus malheureux, vexé, pressuré avec plus d'habileté et de perversité. Les historiens juifs ne nous cachent pas qu'après la mort de Salomon, le peuple se trouva si mécontent, si irrité, que, ne pouvant obtenir de son fils les soulagements demandés, il éclata en révolte et rejeta sa dynastie pour prendre des rois plus modérés. La sagesse de Salomon porte en hébreu le même nom que celle dont le Pharaon d'Égypte déclara vouloir se servir pour mieux accabler les Hébreux: Opprimons-les, dit-il, avec sagesse, Be Hekmah. Nos docteurs déraisonnent sur ce mot; le fait est que son vrai sens est habileté, emploi adroit et rusé de la puissance. Mais Salomon bâtit un magnifique temple où furent logés et richement dotés de nombreux prêtres; et ces prêtres ont été ses historiens. N'est-ce pas ainsi qu'a été écrite par des moines l'histoire des rois francs de la première et même de la seconde race?
NOTES.
Nº Ier.
PAGE 169.—Un homme de Dieu (Elahim), au nom de Jehovah ou Jehwh.
Le mot Jehovah n'est connu d'aucun indigène arabe, d'aucun Juif purement asiatique; son origine même chez les Européens qui le consacrent, n'est ni claire ni authentique: lorsque l'on présente aux Arabes, transcrites en leur alphabet, les quatre lettres hébraïques qui le composent, ils lisent ïahouah ou ïhwh; ils ne peuvent même prononcer à l'anglaise ou à la française le mot Jehovah, parce qu'en leur langue ils n'ont ni jé ni vé. Le célèbre auteur de la Polyglotte anglaise, le docteur Robert Walton, l'un des plus savants et des plus sensés biblistes qui aient écrit sur ces matières, blâme expressément la prononciation jehova comme inouïe aux anciens (Prolegom., pag. 49). «Il observe que les éditeurs des bibles ont eu l'audace de falsifier à cet égard les manuscrits mêmes; par exemple, à l'occasion du psaume 8, lorsque Jérôme observe qu'il faut lire le nom de Dieu de telle manière, les éditeurs ont mis qu'il faut lire Jehova, tandis que le manuscrit compulsé par Frobenius, porte Juo.»
Le premier auteur, ajoute Walton, qui ait lu Jehova, fut Pierre Galatin, en 1520, dans son traité de Arcanis catholicæ veritatis, tome 1er, liv. 2.