Nous avons vérifié cette citation sur l'original, qui dit seulement que, selon les docteurs juifs, il faut lire les quatre lettres par quatre syllabes ïah-hù-ve-hu (et cela par des raisons cabalistiques qui nous sont la preuve de leur ignorance en tout genre, etc.)
Il paraît que ce sont les théologiens allemands qui, les premiers s'étant faits disciples des rabbins, ont donné involontairement lieu à cette lecture; nous disons involontairement, parce que chez eux, le grand j ne vaut que notre petit i commun, et leur u ne vaut que le français ou, de manière qu'en écrivant jehuah, ils prononcent ïehouah, et non Jehovah; mais les Français et les Anglais lisant à leur manière cette écriture, ont introduit l'usage de Jehovah, auquel leur imagination a ensuite attaché des idées mystérieuses et emphatiques qui rappellent celles des anciens Juifs, chez lesquels la prononciation des quatre lettres ïhwh était censée évoquer les esprits et troubler toute la nature; par suite de cette folle idée, il était défendu de jamais prononcer ce nom: aussi les premiers chrétiens grecs et latins, tels qu'Origène, Aquila, Jérôme, l'ont-ils toujours traduit par les noms de Kyrios et Adonaï; c'est-à-dire maître ou seigneur. Ce n'est que dans des cas particuliers, que quelques anciens chrétiens se sont permis d'entrer en explication à cet égard: ce qu'ils en disent, s'accorde parfaitement avec la lecture actuelle des Arabes et des Juifs d'Asie; par exemple: Irénée, l'un des premiers écrivains dits ecclésiastiques, observe (liv. 2, contre les hérétiques, chap. dernier) «que les Grecs écrivent ïaô, ce qui «se dit en hébreu ïaoth.» (Le t seul est de trop.)
Théodoret, question 15 sur l'Exode, dit: «Le nom prononcé ïaô par les Juifs, se prononce ïabè par les Samaritains (ici b «est pour v, iavè).»
Diodore de Sicile, liv. 2, avait déja résolu la difficulté, en disant que Moïse avait feint (comme Lycurgue) de recevoir ses lois du Dieu ïaw. Avant Diodore, Strabon avait dit la même chose d'une manière encore plus explicative en ce passage digne d'être cité: «Moïse, l'un des prêtres égyptiens, enseigna que cela seul était la Divinité, qui compose le ciel, la terre, tous les êtres, enfin ce que nous appelons le monde; l'universalité des choses, la nature.» (Voy. Géograph. lib. XVI, pag. 1104, édit. de 1707.)
Le grec Philon, traducteur du Phénicien Sanchoniathon, se joint à toutes ces autorités, quand il dit que le dieu des Hébreux s'appelait ïeuô, ainsi que nous l'apprend Eusèbe en sa Préparation évangélique. Il est donc certain que jamais les Hébreux n'ont connu ce prétendu nom, si emphatiquement déclamé Jehovah par nos poëtes et nos théologiens, et ils ont dû le prononcer comme les Arabes actuels, ïehouh, signifiant l'être, l'essence, l'existence, la nature des choses, ainsi que l'a très-bien dit Strabon, qui en cette affaire n'a dû être que l'interprète des savants syriens de son temps, puisque très-probablement il n'a point su ces langues.
Si de ce mot ïhouh l'on ôte les deux h, selon le génie de la langue grecque, il reste ïou, base de Jupiter, ou ïu-pater (ïou générateur, l'essence de la vie), qui paraît avoir été connu très-anciennement des Latins, enfants des Pelasgues. Cette branche de théologie est plus profonde et bien moins juive qu'on ne le pense: elle paraît venir des Égyptiens ou des Chaldéens, qui, sous le nom de Barbares, sont pourtant reconnus par les Grecs pour les auteurs de toute science astronomique et physique, base primitive et directe de la théologie...
Pour épuiser ce sujet, ajoutons que chez les premiers chrétiens, la secte des gnostiques ou savants en traditions, avait recueilli celle qui donnait le nom de ïaô au premier et au plus grand des trois cent soixante-cinq dieux qui gouvernaient le monde; ce plus grand résidait dans le premier et le plus grand de tous les cieux (voy. Epiph. contr. hær. c. 26); or, selon Aristote, ce premier ciel est le siége et principe de tout mouvement, de toute existence, de toute vie, le vrai ïehouh de Moïse.
Quant au nom d'Elahim ou Eloïm, traduit Dieu, au singulier, il est incontestable qu'en hébreu, il est pluriel et signifie les Dieux. Cette pluralité fut la doctrine première; mais depuis que Moïse eut constitué chez eux le dogme de l'unité, le nom d'Elahim, les Dieux, ne gouverna plus que le singulier. La diversité d'emploi dans ces deux noms Elahim et ïehouh, est digne d'attention en nombre d'endroits.
Nº II.
Page 171.—Parle, Jehwh, ton serviteur écoute.